Baromètre des Mobilités
- Institut Quorum

- il y a 2 jours
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La France est entrée dans l’ère de la mobilité électrique, mais sans certitude, sans ferveur, et surtout sans égalité. Les résultats de ce baromètre national mené auprès de 1 000 Français révèlent une opinion lucide, prudente et profondément ancrée dans le réel : l’électrique progresse, mais la confiance n’est pas encore au rendez-vous.
Près d’un quart des Français envisagent un passage à l’électrique dans les trois ans, et un tiers à plus long terme. La dynamique existe, mais elle se heurte à un mur économique : le prix reste, de très loin, le premier frein. Ce constat traverse tout le sondage des aides jugées insuffisantes à la conviction majoritaire que la transition accentue les inégalités sociales. En clair : l’électrique est une promesse que beaucoup aimeraient tenir, mais que peu peuvent s’offrir.
La dimension territoriale est tout aussi marquée. Les ZFE sont perçues comme une mesure nécessaire par certains, injuste ou mal expliquée par d’autres. Près de 65 % des Français craignent de ne plus pouvoir circuler avec leur véhicule actuel, signe d’un désarroi diffus face à des politiques jugées trop rapides et mal coordonnées. L’électrique est donc perçu comme un progrès... mais pour les autres.
Sur le plan technique, le pays affiche un paradoxe : la France déploie à grande vitesse son réseau de bornes plus de 175 000 points publics fin 2025 mais 71 % des Français estiment que le territoire n’est pas prêt. Autrement dit, la réalité avance plus vite que la perception. La confiance ne naîtra que lorsque la recharge sera vécue comme un réflexe simple, universel et sans stress.
Quant au véhicule électrique lui-même, il séduit sans encore convaincre pleinement. Un Français sur deux le considère comme la meilleure solution d’avenir, mais une majorité le voit surtout comme une étape de transition. L’électrique inspire respect, pas encore adhésion. Il est jugé écologique, mais pas totalement durable un outil utile, non une finalité.
Chez les utilisateurs déjà convertis, le discours change. Ceux qui conduisent un véhicule électrique décrivent une expérience plus confortable, plus silencieuse, plus agréable. Ils ne nient pas les limites d’autonomie, mais parlent d’un usage maîtrisé, pragmatique, et souvent satisfaisant. En somme, ceux qui ont franchi le pas sont déjà dans le futur que les autres redoutent encore.
Ce baromètre dresse donc le portrait d’un pays en transition hésitante, conscient des enjeux climatiques mais prisonnier de contraintes économiques et d’un sentiment d’exclusion.
La France ne rejette pas la mobilité électrique — elle attend simplement qu’on la lui rende possible, lisible et équitable.
L’avenir du véhicule électrique ne se jouera pas sur la technologie, mais sur la confiance sociale qu’elle saura inspirer. C’est moins une bataille d’innovation qu’une bataille de cohésion : celle qui décidera si la transition écologique devient un projet partagé, ou une fracture de plus.




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