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Déserts médicaux : pourquoi 2030 sera l'année charnière de l'accès aux soins dans les territoires

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    Institut Quorum
  • il y a 2 jours
  • 6 min de lecture
La pénurie de médecins n'est pas une surprise : elle est inscrite, presque au praticien près, dans des décisions de formation prises il y a trente ans. Les projections officielles le disent sans détour. Corrigée du vieillissement de la population, la densité médicale atteindra son point bas vers 2028 et ne retrouvera son niveau de 2021 qu'autour de 2035 (DREES, 2021). Aucun plan national ne fera donc apparaître, avant 2030, des médecins qui n'ont pas été formés hier. Pour un territoire, la vraie variable d'action n'est pas le stock de praticiens, qui est fixé, mais l'organisation de l'offre et la connaissance précise de ce que vivent les habitants. Notre conviction est simple : entre 2026 et 2032, les collectivités qui piloteront l'accès aux soins par la donnée préserveront leur attractivité. Les autres dépenseront à l'aveugle.
La pénurie de médecins n'est pas une surprise : elle est inscrite, presque au praticien près, dans des décisions de formation prises il y a trente ans. Les projections officielles le disent sans détour. Corrigée du vieillissement de la population, la densité médicale atteindra son point bas vers 2028 et ne retrouvera son niveau de 2021 qu'autour de 2035 (DREES, 2021). Aucun plan national ne fera donc apparaître, avant 2030, des médecins qui n'ont pas été formés hier. Pour un territoire, la vraie variable d'action n'est pas le stock de praticiens, qui est fixé, mais l'organisation de l'offre et la connaissance précise de ce que vivent les habitants. Notre conviction est simple : entre 2026 et 2032, les collectivités qui piloteront l'accès aux soins par la donnée préserveront leur attractivité. Les autres dépenseront à l'aveugle.

Un creux démographique verrouillé jusqu'au mitan des années 2030

Commençons par le diagnostic, car il fixe le cadre. Entre 2012 et 2021, le nombre de médecins de moins de 70 ans en activité est resté globalement stable, autour de 215 000, la baisse des généralistes étant compensée par la hausse des spécialistes (DREES, 2021). Mais comme la population augmentait, la densité a reculé, de 325 à 318 médecins pour 100 000 habitants. Surtout, la densité dite standardisée, qui tient compte des besoins de soins liés à l'âge, a chuté de 10 % pour les seuls généralistes sur la période.

La suite est déjà écrite. Dans le scénario tendanciel de la DREES, les effectifs stagnent jusqu'en 2030. La densité standardisée touche son point bas en 2028, à 5 % sous le niveau de 2021, et ne le retrouve qu'en 2035, avant de remonter nettement ensuite. Même un choc de formation, avec 20 % d'entrants supplémentaires, ne comblerait ce creux qu'environ trois ans plus tôt. La raison est mécanique : un médecin se forme en dix à douze ans, et le numerus clausus des années 1980 et 1990 a durablement réduit les promotions. Le numerus apertus, qui l'a remplacé en 2021, augmentera les flux, mais ses cohortes n'arriveront en nombre que vers le milieu de la décennie 2030. Le creux tombe donc au pire moment, quand les générations du baby-boom atteignent les âges de forte consommation de soins, un sujet directement lié au vieillissement de la population.

La fracture n'est pas la pénurie : ce que l'accessibilité révèle

Raisonner en moyenne nationale rassure les statistiques et trompe les élus. La densité masque l'essentiel : la répartition. C'est pourquoi la statistique publique privilégie un indicateur plus fin, l'accessibilité potentielle localisée (APL), calculé commune par commune, qui croise proximité, disponibilité réelle des professionnels et besoins de la population. En 2023, l'accessibilité moyenne aux généralistes s'établit à 3,3 consultations par an et par habitant, en recul de 1,4 % en un an (DREES, données 2023 publiées en décembre 2024).

Derrière cette moyenne, l'écart se creuse. Les 10 % de Français les mieux dotés disposent de 5,6 consultations par an, les 10 % les moins bien dotés de 1,4 seulement : un rapport de 1 à 4,1, en hausse de 5 % en une seule année. La fracture n'est donc pas une pénurie uniforme, c'est une divergence. Un point de méthode mérite d'être souligné : une part de territoire en déficit ne se traduit pas mécaniquement par une part équivalente de population, puisque les zones les moins dotées sont aussi, souvent, les moins peuplées. C'est précisément ce qui rend la moyenne trompeuse et la mesure locale indispensable. Le Gouvernement lui-même chiffrait, dans son dossier de presse d'avril 2025, à 87 % la part du territoire classée en désert médical et à six millions le nombre de Français sans médecin traitant ; l'Assurance Maladie estime que plus de 600 000 d'entre eux souffrent d'une affection de longue durée. Pour un maire ou un président d'intercommunalité, ces chiffres disent une chose : la moyenne nationale ne décrit aucun territoire en particulier, et surtout pas le sien.

Pourquoi les réponses nationales ne produiront pas leurs effets avant 2030

L'État n'est pas inactif. Le Pacte de lutte contre les déserts médicaux, présenté en avril 2025, introduit une solidarité territoriale qui peut conduire chaque médecin à consacrer jusqu'à deux jours par mois à des consultations en zones prioritaires, crée un statut de praticien territorial de médecine ambulatoire et impose à tous les étudiants un stage en zone sous-dense. Ces mesures sont utiles, mais il faut les lire pour ce qu'elles sont : une redistribution du temps médical existant, pas une création de praticiens.

Or le stock, lui, est contraint jusqu'au milieu des années 2030. Tant que les cohortes du numerus apertus ne sont pas diplômées et installées, l'action publique ne peut que déplacer une ressource rare, rarement l'augmenter. C'est la limite de toute réponse strictement nationale : elle arbitre entre territoires sous tension au lieu de desserrer la contrainte. D'où une conséquence que les décideurs locaux ont intérêt à intégrer dès maintenant : pendant la fin de la décennie, la variable qui fera la différence d'un territoire à l'autre ne sera pas la politique nationale, identique pour tous, mais la qualité de l'organisation locale et l'attractivité que chaque territoire saura construire.

Le tournant : de financeur passif à pilote de l'accès aux soins

Les collectivités sont déjà devenues des acteurs de santé de premier plan. Aides à l'installation, maisons de santé pluriprofessionnelles, centres de santé en régie avec des médecins salariés, soutien aux communautés professionnelles territoriales de santé, déploiement de la télémédecine : la palette est large et les budgets engagés, considérables. Le problème n'est pas l'effort, il est le pilotage.

Trop souvent, les territoires agissent en concurrence les uns avec les autres, surenchérissant sur les primes d'installation, sans savoir si le point de blocage tient au recrutement, au parcours de soins, à la mobilité des patients ou simplement à la perception d'un abandon. Le risque est double : dépenser beaucoup pour un effet marginal, ou capter un médecin à la vallée voisine, un jeu à somme nulle à l'échelle d'un bassin de vie. La pièce manquante n'est pas l'argent, c'est le diagnostic : une lecture précise et locale de l'accès réellement vécu.

Mesurer pour décider : ce que révèle une enquête habitants

C'est ici qu'une enquête habitants, puis un baromètre territorial de l'accès aux soins, change la donne. Les données administratives disent combien de médecins exercent et où. Elles ne disent pas qui renonce à se soigner, ni pour quels soins, ni pourquoi. Une enquête de terrain, elle, mesure le renoncement aux soins, les délais réellement ressentis, le recours aux urgences faute de médecin disponible, l'usage de la téléconsultation, la distance que les habitants sont prêts à parcourir, et leurs attentes concrètes : centre de santé salarié, horaires élargis, consultations non programmées de proximité.

Sur le plan de la méthode, ces enseignements reposent sur un échantillon représentatif construit par quotas, que l'on peut coupler à la cartographie de l'APL et, surtout, répéter dans le temps pour suivre une trajectoire plutôt qu'un instantané. C'est précisément la vocation de nos travaux, de l'Observatoire National de l'Accès aux Soins au Baromètre de l'Accès aux Soins. Le principe est constant : on ne hiérarchise pas ce que l'on n'a pas mesuré. Une enquête transforme une inquiétude diffuse, peu actionnable, en une liste de priorités classées, défendables devant les habitants comme devant l'agence régionale de santé.

Concrètement, ces résultats arbitrent des décisions coûteuses. Faut-il privilégier un centre de santé à médecins salariés ou renforcer les aides à l'installation libérale ? Investir dans la téléconsultation accompagnée ou dans une navette sanitaire vers le pôle voisin ? Étendre les horaires d'ouverture ou créer un point de soins non programmés ? Sans mesure préalable, ces choix se font à l'intuition, et souvent sous la pression de l'urgence. Avec elle, ils se hiérarchisent selon ce qui pèse réellement sur l'accès vécu, et leur effet peut être suivi dans la durée.

2026-2032 : trois scénarios pour les territoires

Trois trajectoires se dessinent pour le mandat local qui s'ouvre.

Dans le premier, le statu quo subi, la collectivité attend l'État, gère l'urgence au coup par coup et surenchérit sur les aides. L'accès perçu continue de se dégrader, le sentiment d'abandon nourrit la défiance et l'attractivité, résidentielle comme économique, en pâtit.

Dans le deuxième, le rattrapage par la seule offre, la collectivité investit massivement, mais sans diagnostic partagé. Les effets sont réels et parfois spectaculaires, mais inégaux, redondants avec le voisin, et jamais évalués faute de mesure initiale.

Dans le troisième, le pilotage par la donnée, la collectivité mesure d'abord, cible ensuite. Elle calibre ses investissements sur les priorités révélées par les habitants, suit leur évolution année après année, et objective ses choix devant ses partenaires. C'est le seul scénario qui protège à la fois le budget et la confiance, au moment précis, 2028-2030, où la contrainte démographique sera la plus forte. Au creux du cycle, mieux vaut une décision documentée qu'une dépense d'opportunité.

Mesurer, comprendre, anticiper, agir : la séquence n'est pas un slogan, c'est une méthode. Le creux démographique est inévitable, mais ses effets sociaux et politiques, eux, se pilotent. Les territoires qui traverseront le mieux la période 2026-2032 seront ceux qui décideront à partir de ce que leurs habitants vivent réellement, et non à partir d'une moyenne nationale qui ne décrit personne.

Vous pilotez un territoire, une organisation, une entreprise ? L'Institut Quorum mesure ce que pensent vos publics et éclaire vos décisions. Parlons-en.


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