Renoncement devenu majoritaire, délais qui s'allongent, reste à charge sous tension, et une intelligence artificielle qui entre déjà dans les pratiques : le Baromètre national 2026 de l'Institut Quorum radiographie l'accès aux soins des Français. Réalisé pour e-Meuse santé et le Journal des Départements, il interroge à la fois le vécu concret, les attentes de régulation et la place du numérique en santé.
Un renoncement devenu majoritaire
Le basculement est net : 58 % des Français déclarent avoir renoncé ou reporté un soin faute de rendez-vous disponible au cours des douze derniers mois, dont 31 % à plusieurs reprises. Le renoncement n'est plus un accident de parcours, il est devenu la règle pour une majorité. Chez celles et ceux qui ont renoncé, ce sont d'abord les délais trop longs (64 %) qui bloquent l'accès, devant l'absence de médecin à proximité (43 %) et le coût (39 %). L'accès aux soins se heurte au temps, puis à la géographie, puis au prix.
Des délais qui s'allongent, des urgences en soupape
La tension se lit dans les délais : 64 % des Français attendent plus d'un mois pour consulter un spécialiste, dont 30 % au-delà de deux mois ; les rendez-vous en moins de quinze jours ne concernent plus que 8 % des répondants. Faute de médecin disponible, près d'un tiers (32 %) s'est déjà rendu aux urgences. Et si 89 % disposent d'un médecin traitant, 11 % en sont dépourvus ou en recherche — une frange directement exposée aux ruptures de parcours.
Un reste à charge sous tension
La barrière financière progresse : 55 % des Français jugent leur reste à charge difficile à supporter, voire insupportable (17 %), et 43 % ont déjà renoncé à consulter à cause du prix. Le sentiment de dégradation domine : 61 % estiment que l'accès aux soins près de chez eux s'est détérioré, contre seulement 9 % qui perçoivent une amélioration. La soutenabilité financière des soins est devenue une préoccupation majoritaire.
Les solutions attendues : d'abord des médecins
Interrogés sur les leviers, les Français privilégient l'offre médicale avant les outils : 32 % veulent d'abord davantage de médecins formés, devant les incitations à l'installation (20 %) et les centres de santé publics (17 %). Surtout, la régulation fait consensus : 76 % sont favorables à une obligation temporaire d'installation des jeunes médecins dans les zones sous-dotées, dont 45 % « tout à fait ». La responsabilité est jugée collective (46 % veulent agir « tous ensemble »), et les collectivités locales conservent un capital de confiance de 60 % pour agir sur le sujet. Enfin, 82 % pensent que l'accès aux soins sera un thème majeur de la présidentielle 2027.
L'IA en santé : un usage installé, une confiance prudente
L'intelligence artificielle est déjà entrée dans les pratiques : 60 % des Français y ont eu recours pour s'informer en santé, dont 18 % régulièrement. Une courte majorité (53 %) ferait confiance à une IA pour être orientée vers le bon professionnel, et 63 % pensent qu'elle améliorera l'accès aux soins — le plus souvent « un peu » (47 %) plutôt que « fortement » (16 %). La demande est d'abord pratique : 78 % veulent un assistant public donnant les délais disponibles près de chez eux, et 70 % une orientation vers le bon spécialiste.
Mais la confiance reste sous conditions. La première crainte est l'erreur médicale (34 %), devant la déshumanisation de la relation de soin (28 %) et le piratage des données (22 %). Surtout, les Français refusent l'opposition entre l'humain et la machine : mis face au choix entre un médecin humain disponible dans trois semaines et une consultation assistée par IA dans l'heure, 56 % veulent « les deux combinés ». À l'horizon 2035, l'image d'une médecine plus technologique mais moins humaine domine (38 %), devant la crainte d'une médecine plus inégalitaire selon les territoires (29 %).
Ce que révèle ce baromètre pour les décideurs
Le tableau est clair : un accès aux soins durablement sous tension, une opinion qui attend d'abord plus de médecins et une régulation de l'installation, et une IA perçue comme un complément — jamais comme un substitut. Pour les territoires, trois leviers se dégagent : réduire les délais et les inégalités géographiques, sécuriser le reste à charge, et intégrer le numérique au service du lien humain. Autant de chantiers que l'Institut Quorum suivra dans la durée, au sein de son Observatoire National de l'Accès aux Soins.