La Région est l’échelon dont les compétences pèsent le plus lourd dans la vie quotidienne tout en restant le moins bien identifié par les habitants. Elle organise les trains du quotidien, construit et entretient les lycées, finance la formation professionnelle, soutient le développement économique et pilote une part de l’aménagement. Ses marges financières, elles, se réduisent. Savoir ce que les habitants attendent, et sur quelles compétences ils jugent, devient un préalable à l’arbitrage plutôt qu’un exercice d’image.

Sources. Observatoire des finances et de la gestion publique locales (OFGL) et direction générale des collectivités locales (DGCL), rapport 2025, fiche « Les finances des régions et collectivités territoriales uniques », données DGFiP, comptes de gestion, exercice 2024 ; Autorité de régulation des transports, « Marché français du transport ferroviaire, premiers chiffres 2025 » (données provisoires).

Des marges de manœuvre qui se resserrent

Selon la fiche régions du rapport 2025 de l’Observatoire des finances et de la gestion publique locales, les dépenses de fonctionnement des régions et collectivités territoriales uniques atteignent 25,0 milliards d’euros en 2024, en hausse de 1,1 % seulement après 5,2 % en 2023. L’épargne brute s’établit à 5,9 milliards, soit 8 % de moins qu’en 2019. L’épargne nette recule pour la deuxième année consécutive, de 7,6 % après 11,8 %, et se situe 26 % en dessous de son niveau de 2019. L’encours de dette progresse de 6,2 % pour atteindre 37,6 milliards d’euros, et le délai de désendettement gagne trois dixièmes d’année pour s’établir à 6,3 ans, son plus haut niveau depuis dix ans.

Deux chiffres complètent le tableau. Les charges financières ont quasiment doublé en deux ans, de 0,6 milliard d’euros en 2022 à 1,1 milliard en 2024, où elles représentent 18,2 % de l’épargne brute. Et une fraction de TVA constitue désormais 53 % des recettes de fonctionnement des régions, ce qui indexe leur capacité d’action sur la conjoncture nationale plus que sur leur propre territoire.

Finances régionales
Régions et collectivités territoriales uniques, exercice 2024
Dépenses de fonctionnement25,0 Md€Encours de dette37,6 Md€Épargne brute5,9 Md€Besoin de financement2,3 Md€
Source : OFGL et DGCL, rapport 2025, données DGFiP, comptes de gestion.

Le TER, première vitrine de l’action régionale

Pour la plupart des habitants, la Région se voit d’abord sur un quai. Les chiffres provisoires de l’Autorité de régulation des transports pour 2025 montrent une fréquentation des services TER en hausse dans la quasi-totalité des régions, avec des évolutions comprises entre 1 % et 6 % en passagers-kilomètres, la seule baisse étant enregistrée en Nouvelle-Aquitaine et s’expliquant par une réduction des distances parcourues. Les trains interurbains conventionnés, TER et Intercités, ont transporté 223 millions de voyageurs et 28 milliards de passagers-kilomètres, en progression de 2 %.

La qualité de service, mesurée et vécue

La régularité des TER s’est maintenue à un niveau élevé en 2025, avec un taux de suppressions faible, proche des records observés sur dix ans, mais la ponctualité recule légèrement, de 0,5 point. Les écarts régionaux sont significatifs : la qualité de service progresse dans quatre régions, notamment en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Normandie, et se dégrade dans six autres, l’Occitanie enregistrant le repli le plus marqué avec 3 points perdus en un an. Ces écarts alimentent des perceptions locales très différentes d’une même politique régionale.

Trains du quotidien
Fréquentation et qualité des services conventionnés en 2025
Voyageurs TER et Intercités223 MPassagers-kilomètres28 MdÉvolution par région+1 % à +6 %Offre ouverte à la concurrence23 %
Source : Autorité de régulation des transports, premiers chiffres 2025 (données provisoires).

Une ouverture à la concurrence encore mal connue des voyageurs

À fin 2025, 23 % de l’offre TER, Intercités et Transilien faisait l’objet d’un appel d’offres, en cours ou déjà attribué, et huit autorités organisatrices régionales sur douze avaient engagé le mouvement. Cette transformation modifie l’exploitant sans modifier le donneur d’ordre : la Région reste l’autorité organisatrice et reste jugée sur le service rendu. Vérifier ce que les voyageurs comprennent de cette répartition des rôles évite d’attribuer à la collectivité des mécontentements qui ne relèvent pas d’elle, et inversement.

Lycées, formation et développement économique : des politiques peu identifiées

Les dépenses d’investissement des régions ont progressé de 6,0 % en 2024, mais leur répartition a nettement bougé : la fonction transports, routes et voiries augmente de 27 %, tandis que la fonction enseignement, formation et apprentissage recule de 4 % après trois années de hausse. Ces arbitrages sont peu lisibles pour les habitants, qui identifient rarement la Région comme responsable des lycées ou de la formation professionnelle. Une mesure de la notoriété des compétences, avant toute mesure de satisfaction, dit si l’insatisfaction observée porte sur la politique ou sur l’ignorance de son auteur.

Lire les résultats par département

Une moyenne régionale masque presque toujours des situations opposées. Sur des territoires vastes, le rapport au train, à l’offre de formation ou au tissu économique varie fortement d’un département à l’autre. Un échantillon calibré pour permettre une lecture départementale, et non seulement régionale, transforme le résultat en outil d’allocation : il indique où l’effort supplémentaire produira le plus d’effet. C’est le principe retenu dans nos observatoires territoriaux et dans le baromètre d’opinion régional.

Le contre-argument : l’opinion régionale est-elle stable ?

On objectera qu’un échelon peu identifié produit des réponses fragiles : interrogés sur une compétence qu’ils n’attribuent pas à la Région, les habitants répondent au jugé, et la mesure oscille d’une vague à l’autre. L’objection est réelle, et elle impose une construction de questionnaire particulière : rappeler explicitement le champ de compétence avant d’interroger la satisfaction, séparer l’évaluation de la politique de l’évaluation de l’institution, et suivre les mêmes items sur plusieurs vagues plutôt que d’interpréter un point isolé. Correctement traitée, l’instabilité devient elle-même une information : elle signale les politiques dont l’attribution reste floue.

Ce qu’il faut retenir

Les régions abordent la fin de mandat avec une épargne nette en recul de 26 % par rapport à 2019, une dette en hausse d’un tiers sur la même période et un délai de désendettement au plus haut depuis dix ans. Dans ce cadre, l’arbitrage entre le train du quotidien, les lycées, la formation et le développement économique ne peut plus reposer sur la seule dépense engagée. Trois questions structurent la mesure : quelles compétences les habitants attribuent-ils à leur Région, comment jugent-ils chacune d’elles, et où les écarts départementaux justifient-ils un effort différencié. Notre méthodologie précise la façon dont ces trois niveaux sont articulés.