Combien coûte réellement la santé aux Français, une fois déduits l’Assurance maladie et les complémentaires ? Les Comptes de la santé de la DREES apportent une réponse précise : en 2024, le reste à charge des ménages est le plus faible d’Europe. Un résultat souvent ignoré dans le débat public.

Sources. DREES, « Les dépenses de santé en 2024, résultats des comptes de la santé », édition 2025. Reste à charge des ménages : 7,8 % de la consommation de soins et de biens médicaux (CSBM), soit 292 euros par habitant. Moyenne de l’Union européenne : 14,8 % de la dépense courante de santé.

7,8 % de la dépense, 292 euros par habitant

En 2024, le reste à charge des ménages représente 7,8 % de la consommation de soins et de biens médicaux, soit 292 euros par habitant, après 276 euros en 2023. C’est la part de la dépense qui n’est prise en charge ni par l’Assurance maladie, ni par les complémentaires.

Ce niveau, bas en comparaison internationale, résulte d’un système qui socialise l’essentiel du coût des soins, en particulier hospitaliers.

Il prolonge une tendance de baisse observée depuis le début des années 2010, portée par la montée en charge de l’Assurance maladie sur les postes les plus lourds et par le développement des complémentaires.

Le plus faible reste à charge d’Europe

La France se situe parmi les pays de l’Union européenne où le reste à charge est le plus faible, derrière le Luxembourg et la Croatie. La moyenne européenne, proche de 14,8 % de la dépense courante de santé, est près du double du niveau français.

Comparaison européenne
Part du reste à charge dans la dépense de santé (%)
France7,8 %Moyenne Union européenne14,8 %
Source : DREES, comptes de la santé 2024. France : part de la CSBM ; Union européenne : part de la dépense courante de santé.

Une progression contenue

Le reste à charge par habitant augmente légèrement, de 276 à 292 euros entre 2023 et 2024. Cette hausse modérée suit l’évolution générale des dépenses de santé, sans rupture.

Évolution récente
Reste à charge des ménages par habitant (euros)
Année 2023276 €Année 2024292 €
Source : DREES, comptes de la santé, édition 2025.

Ce que la moyenne ne dit pas

Un reste à charge moyen faible masque de fortes disparités. Certains postes, comme l’optique, les soins dentaires ou les aides auditives, concentrent historiquement des restes à charge élevés avant les réformes récentes. Les personnes sans complémentaire sont, elles, bien plus exposées.

La moyenne nationale ne rend donc pas compte du vécu de ménages qui, pour un besoin précis, peuvent faire face à des dépenses lourdes ou renoncer à se soigner.

La réforme du 100 % santé, qui a supprimé le reste à charge sur certains équipements d’optique, dentaires et auditifs, a précisément visé ces postes historiquement coûteux, sans effacer pour autant toutes les disparités.

Perception et réalité, un écart d’opinion

C’est le paradoxe français : un reste à charge objectivement bas coexiste avec un fort sentiment de coût élevé des soins. Les cotisations aux complémentaires, les avances de frais et les dépassements d’honoraires nourrissent une perception plus sévère que ne le suggère la statistique.

Cet écart entre données et ressenti est précisément ce que l’analyse d’opinion permet d’éclairer, pour comprendre ce que les citoyens vivent au-delà des moyennes.

Pour un ménage, ce qui compte n’est pas la moyenne nationale mais sa propre facture. Une prothèse, une hospitalisation mal couverte ou une cotisation en hausse pèsent bien davantage dans le jugement que les agrégats statistiques.

Mesurer le ressenti des assurés

Comprendre ce décalage aide les décideurs de santé à mieux communiquer et à cibler les fragilités réelles. L’Institut Quorum accompagne ces travaux, en prolongement de nos analyses sur les déserts médicaux et sur le baromètre de l’accès aux soins.

Ces études alimentent nos observatoires dédiés aux enjeux de santé et de territoires.

Ce qu’il faut retenir

Avec 7,8 % de la dépense de santé restée à charge, la France protège ses assurés mieux que la plupart de ses voisins. Mais la moyenne masque des situations difficiles et un sentiment de coût élevé très répandu. Pour les décideurs, l’enjeu est de réduire les restes à charge ciblés et de réconcilier la réalité des chiffres avec le vécu des citoyens.