Le nombre de défaillances d'entreprises a atteint un niveau inédit en 2025. Après le rattrapage brutal de 2024, la barre des 68 000 procédures a été franchie, un seuil que n'avaient connu ni la crise financière de 2008, ni la crise des dettes souveraines. Derrière ce chiffre se joue la santé du tissu économique local.
Un niveau inédit en 2025
Selon la Banque de France, 68 602 défaillances d'entreprises ont été enregistrées en 2025, après 65 764 en 2024. Ce total dépasse de 15 % la moyenne de la décennie 2010-2019 et n'avait jamais été atteint lors des crises précédentes.
Le rythme de progression, en revanche, s'est nettement infléchi : +3,6 % sur un an en 2025, contre +17,7 % en 2024. La hausse se poursuit donc, mais sa dynamique s'essouffle, signe d'une possible stabilisation à haut niveau.
Un rattrapage devenu réalité durable
Cette trajectoire s'explique d'abord par un effet de rattrapage. Pendant la crise sanitaire, les aides publiques massives avaient artificiellement comprimé le nombre de faillites. Leur extinction a provoqué un retour de balancier, d'abord spectaculaire en 2024, puis plus mesuré.
Mais réduire le phénomène à un simple rattrapage serait trompeur : le niveau atteint en 2025 est structurellement élevé, ce qui traduit des tensions réelles sur les trésoreries, les coûts et l'accès au crédit.
À cela s'ajoute un environnement de taux et de coûts durablement plus élevé qu'avant la crise sanitaire, qui érode les marges des entreprises les plus fragiles et rend chaque à-coup de trésorerie plus difficile à absorber.
Les microentreprises en première ligne
La ventilation par taille est éclairante. Les microentreprises représentent 92 % des défaillances de 2025, avec une hausse contenue de 12 % par rapport à la moyenne d'avant-crise. Ce sont elles qui portent le gros du volume.
Mais la dégradation la plus marquée touche les structures plus grandes : les défaillances de PME, d'entreprises de taille intermédiaire et de grandes entreprises dépassent de 68 % leur moyenne 2010-2019. Or ces défaillances-là pèsent bien davantage en emplois et en effets d'entraînement.
Une lecture à nuancer
Un nombre élevé de défaillances ne signifie pas mécaniquement une économie en récession. Une partie du mouvement reflète le renouvellement normal du tissu productif et la sortie d'entreprises fragilisées de longue date.
Il reste que la concentration des défaillances sur les entreprises employeuses, et non plus seulement sur les microstructures, en fait un sujet d'attention pour l'emploi local et pour les recettes des collectivités.
Un enjeu pour les territoires
Pour un territoire, chaque défaillance d'entreprise employeuse, c'est un risque sur l'emploi, sur les compétences et sur l'activité des sous-traitants. Les collectivités et les agences de développement économique sont en première ligne pour détecter les fragilités et accompagner les rebonds.
Anticiper suppose de lire le climat des affaires local, au-delà des seules statistiques nationales, en écoutant directement les dirigeants et les acteurs économiques du bassin.
Les défaillances ne frappent pas au hasard : elles se concentrent dans les secteurs exposés aux coûts de l'énergie, à une demande atone et au renchérissement du crédit. Cartographier ces fragilités par bassin permet d'agir en prévention plutôt qu'en réparation.
Mesurer le climat des affaires local
Objectiver le moral et les attentes des dirigeants d'un territoire est un outil d'anticipation précieux. L'Institut Quorum accompagne les acteurs du secteur privé et les collectivités dans ces diagnostics, avec des dispositifs dont le coût d'une étude d'opinion se calibre selon les enjeux.
Ces travaux prolongent nos analyses sur le tissu productif, notamment celle consacrée à la réindustrialisation et à son acceptabilité locale.
Ce qu'il faut retenir
Le pic de défaillances de 2025 marque la fin d'un cycle atypique et l'installation d'un niveau de risque élevé, en particulier pour les entreprises employeuses. Pour les décideurs économiques et territoriaux, l'enjeu est d'anticiper plutôt que de subir. Mesurer le climat des affaires et écouter les dirigeants est la meilleure boussole pour agir à temps.