Depuis 2018, la France dispose d’un instrument de mesure des acquis des élèves qui échappe aux limites des comparaisons internationales : des évaluations exhaustives, passées chaque rentrée par presque tous les élèves de certains niveaux. Les résultats de 2025, publiés par la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance, dessinent une trajectoire à deux temps : une amélioration lente à l’école élémentaire et à l’entrée au collège, un décrochage en quatrième.

Sources. Depp, ministère de l’Éducation nationale : « Évaluations 2025, Repères CP » et « Repères CE1 » (documents de travail n° 2025-E07 et 2025-E08, novembre 2025) ; « Évaluations de début de sixième 2025 » (n° 2025-E12) et « Évaluations de début de quatrième 2025 » (n° 2025-E14), novembre 2025, mises à jour en 2026.

Un dispositif désormais massif

À la rentrée 2025, près de 4 millions d’élèves ont été évalués du CP au CM2, dans plus de 31 000 écoles publiques et privées sous contrat. À cela s’ajoutent environ 810 000 élèves de quatrième, dans près de 7 000 établissements. Le dispositif Repères CP et CE1 en est à sa huitième édition, l’évaluation de quatrième à sa troisième. Cette exhaustivité change la nature de l’exercice : il ne s’agit plus d’un échantillon national, mais d’une donnée mobilisable établissement par établissement, et donc territoire par territoire.

À l’entrée en sixième, une amélioration lente

En français, la part des élèves de sixième situés dans les groupes de performance les plus faibles s’établit à 28,0 % en 2025, contre 31,7 % en 2017. Les résultats sont stables entre 2024 et 2025 mais en amélioration sur huit ans. Le progrès est plus net encore en éducation prioritaire renforcée : la part d’élèves dans les deux groupes les plus faibles passe de 60,7 % en 2017 à 54,5 % en 2025, soit un recul de 6,2 points. En mathématiques, la part d’élèves dans les groupes les plus performants progresse de 3,0 points sur la même période dans ces mêmes réseaux.

Entrée en sixième
Part des élèves dans les groupes les plus faibles en français
Ensemble, 201731,7 %Ensemble, 202528,0 %REP+, 201760,7 %REP+, 202554,5 %
Source : Depp, évaluations de début de sixième 2025, novembre 2025.

En quatrième, la tendance s’inverse

Le constat change de signe deux ans plus tard. En français, la part des élèves de quatrième dans les groupes les plus performants recule de 29,2 % en 2023 à 26,9 % en 2025, tandis que la part dans les groupes les moins performants progresse de 32,3 % à 35,1 %. Ce recul est observé dans tous les secteurs de scolarisation et pour les deux sexes, ce qui exclut une explication par la seule composition sociale. En mathématiques, la part d’élèves dans les groupes les plus faibles passe de 33,1 % en 2023 à 33,8 % en 2025, avec toutefois une légère amélioration en éducation prioritaire renforcée, de 65,7 % à 64,9 %.

La lecture, un indicateur qui résiste

Le test de fluence donne une mesure directe et peu contestable. En sixième, 61,1 % des élèves atteignent l’attendu de 120 mots lus correctement par minute, contre 60,6 % en 2024, et la moyenne s’établit à 128 mots. Mais 15,1 % ne parviennent pas à lire 90 mots en une minute, c’est-à-dire l’attendu de fin de CE2, une proportion stable. En quatrième, la moyenne atteint 146 mots et le taux de maîtrise satisfaisante 56,5 %, contre 56,2 % en 2024. Un élève sur sept entre donc au collège sans disposer du niveau de lecture attendu deux ans plus tôt.

Fluence en lecture
Élèves de sixième selon leur niveau de lecture en 2025
Atteignent l’attendu de 120 mots par minute61,1 %Ne lisent pas 90 mots en une minute15,1 %
Source : Depp, évaluations de début de sixième 2025, novembre 2025.

Un écart entre filles et garçons qui se déplace

En sixième, l’écart de score entre filles et garçons en français reste stable, à 11 points en 2025 contre 12 en 2017. En mathématiques, en revanche, il passe de 4 points en 2017 à 11 points en 2025, un creusement considérable en huit ans. En quatrième, l’écart en faveur des filles atteint 7,4 points dans le groupe de maîtrise satisfaisante en fluence. Ces écarts, mesurés sur des cohortes quasi exhaustives, ne relèvent pas du bruit statistique.

Le contre-argument : ces données suffisent-elles à piloter localement ?

On peut soutenir que ces évaluations, exhaustives et gratuites, dispensent d’enquêter davantage, et qu’une collectivité n’a de toute façon pas compétence sur les programmes ni sur la pédagogie. C’est exact sur le contenu de l’enseignement. Ce l’est beaucoup moins sur l’environnement scolaire, qui relève bien des communes et des départements : restauration, transport, temps périscolaire, accès aux équipements culturels et sportifs, conditions de logement. Les évaluations disent où sont les difficultés ; elles ne disent rien des conditions de vie qui les accompagnent, ni de ce que les familles attendent de la collectivité.

Ce qu’il faut retenir

L’amélioration à l’entrée au collège est réelle et bénéficie d’abord à l’éducation prioritaire, mais le niveau se dégrade en quatrième, y compris hors éducation prioritaire. Trois décisions en découlent pour une collectivité. Ne pas se contenter d’une moyenne d’établissement, puisque les évolutions vont en sens contraire selon le niveau. Croiser les résultats avec ce qui relève effectivement de la compétence locale, à commencer par le périscolaire et la mobilité. Enfin, documenter les attentes des familles, qui déterminent l’usage réel des dispositifs financés. Voir nos travaux sur la rentrée scolaire, sur l’école rurale et notre offre secteur public.