La fermeture du réseau téléphonique en cuivre est le plus grand chantier d’infrastructure de la décennie dont presque personne ne parle. La fermeture commerciale est intervenue le 31 janvier 2026 dans près des trois quarts des communes françaises, représentant près de la moitié de la population. Or, selon l’observatoire de satisfaction de l’Arcep, 28 % des abonnés encore en ADSL déclaraient ne pas avoir connaissance de cette échéance.
Un calendrier long, découpé en sept lots
Le chantier est organisé en sept lots de communes. La fermeture commerciale, qui interdit la souscription de nouvelles offres cuivre, précède d’au moins douze mois la fermeture technique, qui coupe effectivement le service. Les fermetures techniques s’étaleront jusqu’en novembre 2030. Au 27 janvier 2026, 169 communes étaient déjà fermées techniquement et 763 communes supplémentaires étaient concernées, le deuxième lot représentant près de 900 000 locaux. Près de 10 000 communes disposent aujourd’hui d’une date de fermeture définitive connue. À noter : l’opérateur historique a décalé d’un an la fermeture commerciale dans 25 % des communes initialement concernées, ce qui complique la lisibilité du calendrier local.
Le vrai risque n’est pas technique, il est informationnel
Le déploiement de la fibre est suffisamment avancé pour que la bascule soit techniquement possible presque partout. Le problème se situe ailleurs. 28 % des abonnés ADSL déclarent ne pas avoir connaissance de la fermeture prochaine du cuivre, alors même que 93 % des abonnés cuivre non éligibles ou ignorant leur éligibilité déclarent avoir l’intention de s’abonner à la fibre. Autrement dit, l’intention existe, l’information manque. C’est un cas typique où le coût de l’inaction publique locale se paiera en urgence, au moment de la coupure, plutôt qu’en anticipation.
Qui sont les derniers abonnés au cuivre
C’est la question que ni le calendrier ni les cartes ne résolvent. Les abonnés restés en ADSL en 2026 ne forment pas un groupe homogène. On y trouve des foyers non éligibles, des foyers éligibles mais non informés, des foyers réticents au changement d’opérateur, des personnes âgées attachées à une ligne téléphonique fixe, et des professionnels dont les équipements dépendent encore du cuivre : alarmes, ascenseurs, terminaux de paiement, télésurveillance. Chacune de ces situations appelle une réponse différente, et aucune n’est identifiable dans un fichier d’éligibilité.
Les équipements oubliés
La part la moins anticipée du chantier concerne les usages non téléphoniques. Une commune qui a raccordé ses bâtiments à la fibre peut découvrir tardivement que l’alarme incendie de la salle des fêtes, le système d’appel d’urgence d’un ascenseur ou l’automate de télérelève d’un réservoir d’eau fonctionnent encore sur une ligne cuivre. Le même problème se pose pour les commerces et les cabinets médicaux. Recenser ces équipements avant la fermeture technique relève d’un travail administratif simple, mais qui n’a été engagé que dans une minorité de collectivités.
Un mouvement qui dépasse la France
Le chantier français est en avance : la couverture fibre nationale dépasse de vingt points la moyenne de l’Union européenne. Le projet de règlement européen sur les réseaux numériques, publié en janvier 2026, vise une fermeture du cuivre dans toute l’Union d’ici 2035. Un argument technique mérite par ailleurs d’être connu des élus, car il est rarement avancé dans le débat local : selon l’Arcep, un abonné fibre consomme près de quatre fois moins d’énergie qu’un abonné cuivre. La fermeture n’est donc pas seulement une opération de rationalisation industrielle.
Le contre-argument : n’est-ce pas d’abord la responsabilité des opérateurs ?
On peut soutenir que l’information des abonnés incombe aux opérateurs, que le calendrier est public, que l’Arcep le contrôle, et qu’une commune n’a ni compétence ni budget pour se substituer à un acteur privé. Juridiquement, c’est exact. Politiquement, c’est sans effet : le jour où une ligne est coupée, c’est en mairie que l’habitant se présente, pas au siège de l’opérateur. La question n’est donc pas de savoir qui doit informer, mais qui supportera le coût du défaut d’information. L’expérience des précédentes bascules technologiques indique assez clairement la réponse.
Ce qu’il faut retenir
La fermeture du cuivre est engagée, son calendrier local est connu dans près de 10 000 communes, et près de trois abonnés ADSL sur dix l’ignorent. Trois décisions en découlent. Vérifier la date de fermeture technique applicable à la commune et la diffuser par un canal non numérique, puisque les personnes concernées sont précisément celles qui utilisent le moins internet. Recenser les équipements municipaux et professionnels encore dépendants du cuivre, avant la coupure et non après. Enfin, identifier les foyers restés en ADSL et la raison de ce maintien, seule information qui permette de calibrer l’accompagnement. Voir nos analyses sur l’illectronisme, sur les maisons France Services et notre méthodologie.