Le Livret A est le placement préféré des Français, détenu par une large majorité des ménages. Fin 2025, son encours atteint un niveau record, mais l’année marque un tournant : pour la première fois depuis dix ans, les retraits l’emportent sur les dépôts. Un signal à lire avec prudence.
440 milliards d’euros d’encours
Fin 2025, l’encours total du Livret A atteint 440 milliards d’euros, contre 432 milliards fin 2024 et 414 fin 2023. L’encours continue donc de progresser, porté par les intérêts capitalisés, même lorsque les versements nets faiblissent.
La première décollecte depuis 2015
Le fait marquant de 2025 est la collecte nette négative, à -2,1 milliards d’euros. C’est la première décollecte annuelle depuis 2015, après deux années de records, avec près de 28,7 milliards en 2023 et 14,9 milliards en 2024.
Autrement dit, les Français ont retiré légèrement plus qu’ils n’ont versé. Le retournement est net, même si l’ampleur reste modérée au regard de l’encours total.
La baisse du taux, de 3 % à 1,70 %
Le principal facteur est la baisse de la rémunération. Le taux du Livret A, fixé à 3 % début 2025, est passé à 2,40 % en février puis à 1,70 % en août, en lien avec le reflux de l’inflation.
Une épargne de précaution qui reste élevée
Malgré la baisse du taux, l’encours record montre que les ménages conservent une forte épargne de précaution. Dans un climat d’incertitude économique et politique, la sécurité et la disponibilité immédiate priment souvent sur le rendement.
Le Livret A joue ainsi son rôle d’amortisseur : une réserve mobilisable, garantie par l’État, que les Français alimentent d’autant plus qu’ils sont inquiets pour l’avenir.
Ce comportement n’est pas propre au Livret A. Le taux d’épargne des ménages reste, en France, à un niveau historiquement élevé, signe que la prudence l’emporte encore largement sur l’envie de dépenser.
Ce que la décollecte ne signifie pas
Un contre-argument est nécessaire : une décollecte n’est pas mécaniquement le signe d’un regain de consommation. Une partie des retraits alimente d’autres placements, plus rémunérateurs, ou finance des dépenses contraintes. Le reflux du Livret A ne dit donc pas, à lui seul, que le moral des ménages se redresse.
Lire ce signal suppose de le croiser avec le taux d’épargne global, qui reste historiquement élevé, et avec les intentions réelles des ménages.
Épargne réglementée et logement social
Enjeu souvent oublié : l’épargne du Livret A finance en grande partie le logement social, via la Caisse des Dépôts. Une collecte durablement négative réduirait la ressource disponible pour construire et rénover, à un moment où les besoins restent élevés.
Le comportement d’épargne des Français a donc des effets bien au-delà de leur budget : il touche directement le financement de l’intérêt général.
Préserver l’attractivité de cette épargne populaire, tout en maîtrisant son coût pour les finances publiques, est ainsi un arbitrage collectif autant qu’un choix de rémunération pour les épargnants.
Lire le moral des ménages
Décoder les comportements d’épargne éclaire les décideurs économiques et publics. L’Institut Quorum accompagne ces lectures, en prolongement de nos analyses sur le pouvoir d’achat ressenti et sur la confiance des consommateurs.
Ces travaux nourrissent notre accompagnement du secteur public comme des acteurs économiques.
Ce qu’il faut retenir
Le Livret A bat un record d’encours à 440 milliards d’euros, tout en enregistrant sa première décollecte depuis 2015. Ce double mouvement traduit un arbitrage : moins rémunéré, le placement reste un refuge. Pour les décideurs, le vrai signal n’est pas le reflux lui-même, mais ce qu’il révèle d’un moral encore prudent et d’une épargne de précaution durable.