Le prix de l’eau est l’un des rares services publics dont chaque ménage connaît le coût à l’euro près, et l’un des rares dont presque personne ne sait à quoi il sert. Le rapport national de l’Observatoire des services publics d’eau et d’assainissement, publié en juin 2026 sur les données 2024, permet de reconstituer les deux faces du sujet : ce que l’usager paie, et ce que le réseau exige.
Un prix qui progresse plus vite que l’inflation
Au 1er janvier 2025, le prix global moyen toutes taxes et redevances comprises s’établit à 4,89 euros par mètre cube, contre 4,69 euros un an plus tôt. Il se décompose en 2,50 euros pour l’eau potable et 2,39 euros pour l’assainissement collectif. Sur la base conventionnelle de 120 mètres cubes annuels, cela représente une facture moyenne de 586,80 euros par an, soit 48,90 euros par mois. La hausse est cette année légèrement supérieure à l’inflation, tirée par la part des taxes et redevances, sous l’effet du début de mise en œuvre de la réforme des redevances des agences de l’eau.
Un écart territorial que la moyenne dissimule
Parler d’un prix national a peu de sens. 80 % de la population bénéficie d’un prix de l’eau potable compris entre 1,89 et 3,20 euros par mètre cube, et d’un prix de l’assainissement collectif, plus dispersé encore, compris entre 1,49 et 3,48 euros. Entre régions, l’écart atteint 1,32 euro par mètre cube entre les Hauts-de-France et Provence-Alpes-Côte d’Azur. La taille du service joue également : les collectivités intermédiaires, entre 1 000 et 50 000 habitants, affichent les tarifs les plus élevés, entre 5,29 et 5,37 euros, quand les très petits services facturent 4,76 euros et les plus grands 4,56 euros, grâce aux économies d’échelle et à la densité d’habitants par kilomètre de réseau.
Un litre sur cinq perdu avant le robinet
Le rendement moyen du réseau de distribution s’établit à 79,2 % en 2024, un niveau stable. Concrètement, environ un litre sur cinq mis en distribution n’arrive jamais chez l’usager. Les pertes en réseau représentent 3,0 mètres cubes par kilomètre et par jour. Dans le même temps, les taux de renouvellement sont en baisse, à 0,61 % par an pour l’eau potable et 0,41 % pour l’assainissement collectif. À ce rythme, il faudrait plus d’un siècle et demi pour renouveler intégralement un réseau d’eau potable. La connaissance patrimoniale progresse pourtant : les indices de connaissance et de gestion atteignent 105 points sur 120 pour l’eau potable et 73 pour l’assainissement, en hausse de deux points chacun.
La qualité, elle, n’est pas le point faible
Sur la qualité sanitaire, les résultats sont solides : 98,3 % de conformité microbiologique et 98,1 % de conformité physico-chimique de l’eau au robinet. Les impayés restent contenus, à 2,2 % pour l’eau potable et 2,1 % pour l’assainissement, et les réclamations à 2,9 pour 1 000 abonnés. La difficulté ne porte donc pas sur le service rendu au quotidien, mais sur l’investissement de long terme, invisible pour l’usager et coûteux pour la collectivité.
Une organisation qui vient de changer de cap
22 856 services, portés par 12 685 collectivités, exercent une compétence eau ou assainissement. Le taux de gestion intercommunale atteint 72,5 % en 2024, mais la progression ralentit nettement : la loi du 11 avril 2025 a supprimé l’obligation de transfert des compétences eau et assainissement aux communautés de communes et d’agglomération, qui redevient facultatif. Chaque exécutif local se retrouve donc à devoir arbitrer lui-même entre mutualisation et maintien de la compétence, au moment précis où l’effort de renouvellement doit être relevé.
Le contre-argument : le prix ne doit-il pas d’abord rester bas ?
On peut soutenir qu’augmenter le prix de l’eau dans un contexte de tension sur le pouvoir d’achat est politiquement intenable, et que le rendement de 79 % est acceptable au regard des standards européens. L’objection est recevable à court terme. Elle l’est moins dès qu’on regarde la mécanique : un taux de renouvellement de 0,61 % par an transfère la charge sur les mandats suivants, avec un coût de réparation qui croît plus vite que le coût de prévention. Le débat n’oppose pas un prix bas à un prix élevé, mais un prix lissé à un prix subi. Encore faut-il savoir ce que les usagers sont prêts à accepter, et à quelle condition d’explication.
Ce qu’il faut retenir
Le prix moyen augmente, la performance des réseaux stagne, l’effort de renouvellement recule et l’obligation de mutualisation a disparu. Trois décisions en découlent pour un exécutif local. Établir un état patrimonial exploitable, puisque c’est lui qui conditionne la trajectoire d’investissement. Rendre lisible la composition de la facture, dont 20 % relèvent des taxes et redevances et non du service lui-même. Enfin, mesurer l’acceptabilité d’une trajectoire tarifaire avant de l’adopter, en testant les contreparties attendues plutôt qu’en supposant le refus. Voir nos analyses sur l’acceptabilité des politiques de l’eau, sur la ressource en eau et notre enquête de satisfaction des usagers.