Les 15 et 22 mars 2026, les Français ont renouvelé l'intégralité de leurs conseils municipaux ; dans les semaines suivantes, près de 35 000 maires ont été installés ou reconduits pour six ans. Reste une question que le scrutin ne tranche pas : une fois élus, que pensent réellement ces élus de leur mandat, de leurs moyens, de leur relation avec l'État ? Y répondre suppose de les mesurer, non de les deviner.

Sources. Direction générale des collectivités locales (DGCL), Les collectivités locales en chiffres 2025 ; INSEE, recensement de la population ; ministère de l'Intérieur, Centre d'analyse et de lutte contre les atteintes aux élus (CALAE) ; Sénat, rapport d'information Avis de tempête sur la démocratie locale (2023) ; Répertoire national des élus (RNE).

Trente-cinq mille maires, une singularité française

La France compte 34 875 communes au 1er janvier 2025, selon la Direction générale des collectivités locales. C'est, de très loin, le plus grand nombre de communes de l'Union européenne. À la tête de chacune se trouve un maire, élu de proximité qui demeure, enquête après enquête, la figure d'autorité publique la plus proche des habitants.

Cette dispersion fait la richesse du modèle communal, mais elle en complique la lecture. Parler des maires au singulier n'a guère de sens : le maire d'un village de 200 habitants et celui d'une préfecture n'exercent pas le même métier ni ne disposent des mêmes moyens. Mesurer leur opinion suppose d'embrasser cette diversité, pas de la gommer.

Un mandat qui s'ouvre après le scrutin de mars 2026

Les élections municipales et communautaires des 15 et 22 mars 2026 ont renouvelé l'ensemble des conseils municipaux pour six ans, avant l'élection des maires lors de la première réunion de chaque conseil, fin mars. Un nouveau cycle s'ouvre donc, avec son lot d'équipes reconduites et de premières mandatures, d'ambitions affichées et de contraintes déjà connues.

C'est au début d'un mandat que la mesure est la plus utile : elle fixe un point de départ, documente les priorités affichées et permet d'en suivre l'évolution. Sans cette photographie initiale, l'action publique locale se prive d'un repère pour évaluer, six ans plus tard, le chemin parcouru.

Une fonction exercée sous tension

Le contexte dans lequel s'ouvre ce mandat n'a rien d'apaisé. En 2025, le ministère de l'Intérieur a recensé 2 478 atteintes visant des élus, un niveau quasi équivalent à celui de 2024 (2 501 faits). Les maires en sont les premières victimes : ils concentrent près des deux tiers des atteintes recensées.

À cette exposition s'ajoute une lassitude documentée. Dans son rapport de 2023 au titre éloquent, Avis de tempête sur la démocratie locale, le Sénat alertait sur une vague de démissions volontaires sans précédent depuis le début du mandat de 2020, suivie au fil de l'eau par le Répertoire national des élus. Exposition et usure ne se devinent pas : elles se mesurent.

Une fonction visée
Atteintes aux élus en 2024 : la part des maires parmi les victimes
Maires64 %Conseillers municipaux18 %Autres élus18 %
Source : ministère de l'Intérieur, Centre d'analyse et de lutte contre les atteintes aux élus (CALAE), données 2024.

Deviner ou mesurer : pourquoi sonder les maires

Face à ces réalités, la tentation est grande de présumer ce que pensent les maires à partir de quelques témoignages ou de la parole des plus visibles. C'est une erreur de méthode : les élus qui s'expriment publiquement ne sont pas nécessairement représentatifs de l'ensemble ; ils sont souvent les plus mobilisés, les plus en difficulté ou les mieux dotés en relais.

Un sondage auprès des maires répond à cette limite. En interrogeant un échantillon construit pour refléter la diversité du corps, il substitue une mesure à une impression. Pour une association d'élus, un département, une région ou l'État, la différence est décisive : elle sépare l'opinion de la majorité silencieuse de celle des plus audibles.

La spécificité d'un échantillon d'élus

Sonder les maires n'est pas une enquête grand public comme une autre. La population de référence est réduite, connue et très inégalement répartie. Plus d'une commune sur deux, soit 54 %, compte moins de 500 habitants, alors que ces communes ne rassemblent qu'environ 7 % de la population, selon l'INSEE. Un échantillon tiré sans précaution donnerait la parole aux grandes villes et étoufferait celle des maires ruraux, pourtant les plus nombreux.

La rigueur consiste donc à stratifier l'échantillon par taille de commune, par région et par type d'intercommunalité, selon la logique de la méthode des quotas. C'est cette construction, invisible mais déterminante, qui garantit qu'un baromètre des maires parle au nom des dizaines de milliers d'élus, et non des seules communes les plus peuplées.

Un corps très rural
Répartition des communes selon leur taille (part en %)
Moins de 100 hab.9,5100 à 200 hab.16,0200 à 500 hab.28,5500 hab. et plus45,9
Source : INSEE (recensement de la population) et DGCL, structures territoriales au 1er janvier 2025.

Ce que mesure un baromètre des maires

Un baromètre bien conçu ne se limite pas à un climat général. Il décompose l'opinion des maires en dimensions actionnables : priorités du mandat, moral et attractivité de la fonction, relation avec l'État et l'intercommunalité, situation financière perçue, appréciation des services publics locaux et des politiques nationales sur le terrain.

Sa valeur tient aussi à sa récurrence. Répété à intervalles réguliers, il transforme des perceptions ponctuelles en tendances et permet de dater les inflexions. C'est l'objet du Baromètre des Maires que conduit l'Institut Quorum, dont les résultats éclairent les acteurs de la vie locale.

Les associations d'élus ne suffisent-elles pas ?

On objectera que les maires disposent déjà de porte-parole : associations d'élus, réseaux départementaux et congrès annuels font remonter leurs positions. C'est exact, et ce travail de représentation est précieux. Mais il répond à une autre fonction que la mesure : une prise de position exprime la ligne d'une organisation ; elle ne dit ni la distribution des opinions au sein du corps, ni le poids respectif des maires ruraux et urbains.

Le baromètre et la représentation ne s'opposent donc pas, ils se complètent. L'un porte une voix collective, l'autre en mesure la composition. Pour un décideur, disposer des deux, c'est éviter de confondre la position d'une instance avec l'opinion moyenne de celles et ceux qu'elle fédère.

Ce qu'il faut retenir

À l'ouverture du mandat de 2026, la France confie ses communes à près de 35 000 maires aussi divers que les territoires qu'ils administrent, dans un climat marqué par l'exposition aux violences et l'usure de la fonction. Mesurer leur opinion n'est pas un supplément d'âme : c'est un instrument de décision pour les associations d'élus, les collectivités et l'État. Encore faut-il le faire avec méthode, en construisant un échantillon fidèle à la géographie communale. C'est la vocation des observatoires et baromètres que l'Institut Quorum conduit pour le secteur public : donner à entendre non la voix des plus audibles, mais celle du plus grand nombre. Voir aussi nos références.