Les soldes migratoires disent avec précision qui arrive et qui part d’un territoire. Ils ne disent rien de la raison du départ, ni de ce qui aurait retenu celui qui est parti. Cette asymétrie est le point aveugle de la plupart des stratégies d’attractivité résidentielle : elles disposent d’un constat solide et d’aucune explication. Les données de l’Insee publiées en septembre 2025 rendent cette limite plus coûteuse encore, parce qu’elles montrent un marché résidentiel qui se fige.

Sources. Insee Première n° 2073, « Moins de déménagements en dix ans, mais l’Ouest et le périurbain toujours attractifs » (septembre 2025), exploitation de l’enquête annuelle de recensement 2024, population des ménages en résidence principale en France hors Mayotte.

Un marché résidentiel qui se fige

Le taux de mobilité résidentielle est passé de 10,8 % en 2013 à 10,5 % en 2018, puis à 8,8 % en 2023. En volume, 5,9 millions de personnes ont changé de logement en 2023, contre 7,0 millions dix ans plus tôt. La crise sanitaire n’a pas modifié cette tendance de fond, même si elle a accru la distance des déménagements. Pour une collectivité, la conséquence est directe : le vivier de ménages susceptibles de s’installer se réduit, et la concurrence entre territoires pour capter ces flux s’intensifie mécaniquement.

Mobilité résidentielle
Part de la population ayant changé de logement dans l’année
201310,8 %201810,5 %20238,8 %
Source : Insee Première n° 2073, septembre 2025.

Ce sont les déménagements de proximité qui reculent le plus

La baisse n’est pas uniforme. Parmi les personnes ayant changé de résidence en 2023, 2,0 millions ont emménagé dans la même commune, en recul de 20,9 % par rapport à 2013, 2,2 millions ont déménagé vers une autre commune du même département, en recul de 13,3 %, et 1,7 million vers un autre département, en recul de 9,3 %. Le taux de mobilité infra-communale tombe de 3,9 % à 2,9 % en dix ans. Autrement dit, ce qui se grippe d’abord, c’est le parcours résidentiel local, celui qui permet de changer de logement sans changer de vie.

Nature des mobilités
Évolution du nombre de déménagements entre 2013 et 2023
Dans la même commune-20,9 %Autre commune, même département-13,3 %Autre département-9,3 %
Source : Insee Première n° 2073, septembre 2025.

Des distances plus longues quand on change de commune

Ceux qui déménagent vont plus loin. La distance médiane parcourue pour un déménagement vers une autre commune atteint 18,8 km en 2023, en hausse par rapport à 2013, et la progression est plus marquée encore pour le troisième quartile. Le mouvement d’ensemble se lit ainsi : moins de mobilités, mais des mobilités plus structurantes, davantage orientées vers des zones de moindre densité. Un territoire périurbain ou rural ne capte donc plus les mêmes profils qu’il y a dix ans, ni pour les mêmes motifs.

L’Ouest et le périurbain restent gagnants

Entre 2013 et 2023, la Bretagne, l’Occitanie et la Nouvelle-Aquitaine sont les régions dont la population s’accroît le plus du fait des déménagements, avec en moyenne plus de 5 habitants gagnés par an pour 1 000 résidents, sans érosion de cette attractivité sur la période. Le mouvement de périurbanisation se poursuit, mais il tient d’abord à la baisse des entrées dans les grands centres : 499 000 personnes ont rejoint un pôle urbain dense en 2023 en venant d’une commune rurale ou de densité intermédiaire, contre 618 000 en 2013, soit un recul proche de 20 %. Dans l’autre sens, 449 000 personnes ont quitté une commune urbaine pour une commune rurale périurbaine, un flux quasi stable, en baisse de 1,5 % seulement sur dix ans.

Ce que les soldes migratoires ne disent pas

Un solde migratoire positif peut recouvrir deux réalités opposées : un territoire qui attire durablement, ou un territoire de passage où les arrivées compensent des départs tout aussi nombreux. Il ne dit pas non plus qui songe à partir sans l’avoir encore fait, alors que c’est précisément cette population que l’action publique peut retenir. Enfin, il ne hiérarchise pas les motifs : le logement, l’emploi, l’accès aux soins, l’école, le temps de trajet et la qualité de vie ne pèsent pas du même poids selon l’âge et la composition du ménage.

Les trois questions qu’il faut poser aux habitants

Une mesure utile tient en trois blocs. D’abord l’intention : envisagez-vous de quitter la commune dans les trois ans, et à quelle échéance ? Ensuite le motif hiérarchisé : parmi les raisons possibles, laquelle pèse le plus, et laquelle serait suffisante à elle seule ? Enfin la condition de rétention : qu’est-ce qui vous ferait rester ? Cette dernière question, rarement posée, est la seule qui produise une liste d’actions ordonnée par effet attendu. Croisée avec l’âge, le statut d’occupation et l’ancienneté dans la commune, elle indique où l’effort public est réellement décisif. C’est la logique de notre baromètre d’attractivité territoriale.

Le contre-argument : les flux ne suffisent-ils pas à piloter ?

On peut soutenir que les données de recensement, gratuites, actualisées et comparables entre territoires, suffisent à orienter une politique : si le solde se dégrade, il faut agir, et l’enquête ne fait qu’ajouter une couche de coût. L’argument tient tant que le diagnostic reste global. Il cesse de tenir dès qu’il faut choisir entre deux actions concurrentes, par exemple une aide à la primo-accession et une amélioration de l’offre de garde d’enfants. Les flux indiquent l’ampleur du problème, jamais le levier. Et sur un marché résidentiel qui se contracte, le coût d’une action mal ciblée dépasse largement celui de la mesure préalable.

Ce qu’il faut retenir

La mobilité résidentielle a perdu deux points en dix ans, et le recul frappe d’abord les déménagements de proximité. Les territoires qui gagnent des habitants les gagnent désormais sur des flux plus rares et plus disputés. Trois décisions en découlent : documenter l’intention de départ avant qu’elle ne devienne un déménagement, hiérarchiser les motifs plutôt que de les additionner, et poser explicitement la question de rétention. La statistique publique fournit le constat ; l’enquête auprès des habitants fournit la raison, et c’est la raison qui se traduit en décision. Nos références et notre baromètre d’image et de notoriété précisent la façon dont les deux se combinent.