La France vient de vivre un été touristique de records, et elle en tire une part majeure de sa richesse. Le tourisme représente environ 8 % du produit intérieur brut et près de deux millions d'emplois directs et indirects (Direction générale des entreprises). Sa croissance est une bonne nouvelle pour les territoires. Sa concentration, en revanche, pèse de plus en plus sur le logement et la vie quotidienne des habitants. Le vrai sujet des prochaines années ne sera pas d'attirer davantage de visiteurs, mais de rendre le tourisme acceptable là où il se concentre. Et l'acceptabilité, cela se mesure.
Un été 2025 de records
Les chiffres de la dernière saison confirment la vitalité du secteur. Selon l'INSEE, les campings ont enregistré 124,9 millions de nuitées durant l'été 2025, en hausse de 3,2 %, leur plus forte fréquentation ; l'hôtellerie a progressé de 4,4 %, à 90,4 millions de nuitées. Fait notable, la clientèle résidente est revenue, avec 3,9 millions de nuitées supplémentaires (+2,3 %), après plusieurs années de repli, tandis que la clientèle lointaine tirait la croissance, les visites américaines bondissant de 12,9 %. Sur l'ensemble de 2025, la France a accueilli 102 millions de visiteurs internationaux et engrangé 77,5 milliards d'euros de recettes, un record, confortant sa place de première destination mondiale (Direction générale des entreprises).
L'attractivité, un atout que les territoires cultivent
Cette manne irrigue les territoires. Emplois saisonniers, commerces, cafés et restaurants, patrimoine entretenu, équipements financés en partie par la taxe de séjour : le tourisme est, pour de nombreuses communes, un moteur économique de premier plan. Il façonne aussi l'image et l'attractivité résidentielle d'un territoire. Réuni le 24 juillet 2025 à Angers, le Comité interministériel du tourisme a fixé un cap ambitieux : 100 milliards d'euros de recettes internationales d'ici 2030. L'objectif est légitime. Il suppose toutefois que la ressource ne se retourne pas contre les habitants qui, au quotidien, la rendent possible.
Le revers : la pression sur le logement
Car l'attractivité a un coût, et il est d'abord immobilier. Dans les zones les plus recherchées, sur le littoral, en montagne, dans les grandes villes, la location de meublés de tourisme capte une partie du parc de logements, réduit l'offre pour les résidents permanents et pousse loyers et prix à la hausse. Les saisonniers peinent à se loger là où ils travaillent ; des jeunes actifs et des familles s'éloignent. Ce n'est pas un procès du tourisme, c'est un constat d'équilibre : au-delà d'un certain seuil, un logement de plus pour le visiteur est un logement de moins pour l'habitant. Nos analyses sur la crise du logement montrent combien ce point de bascule est devenu sensible.
La loi Le Meur, de nouveaux outils pour les maires
Le législateur a pris la mesure du problème. La loi du 19 novembre 2024, dite loi Le Meur, vise explicitement à renforcer les outils de régulation des meublés de tourisme à l'échelle locale. Elle généralise l'enregistrement obligatoire de tous les meublés, avec un numéro national attendu pour le 20 mai 2026, qui donnera enfin aux communes une vision précise du parc. Elle soumet les meublés au diagnostic de performance énergétique, écartant les passoires thermiques en zone tendue. Elle permet surtout aux maires d'abaisser, par délibération motivée, le plafond de location d'une résidence principale de 120 à 90 jours par an, et de fixer des quotas de meublés dans certains secteurs. Le levier existe désormais ; reste à savoir comment l'actionner.
Le contre-argument mérite d'être entendu
Réguler comporte un risque, et il faut le reconnaître. Le meublé de tourisme est aussi un revenu pour des propriétaires modestes et un complément qui a permis à des territoires ruraux ou de montagne de développer une offre d'hébergement que l'hôtellerie seule n'aurait pas assurée. Trop encadrer pourrait décourager l'investissement, déplacer les flux vers des communes voisines moins regardantes, ou pénaliser l'économie locale sans résoudre la question du logement, qui tient aussi à la construction et au foncier. L'enjeu n'est donc pas de choisir entre tourisme et habitants, mais de calibrer, finement et localement, le point d'équilibre. Un plafond trop bas ici, trop haut là, et l'outil manque sa cible.
Ce que le sujet change pour chaque acteur
Pour les communes, désormais dotées du levier, l'enjeu est d'objectiver avant de décider : combien de meublés, où, au détriment de quel logement ? Pour les intercommunalités, la cohérence compte, car une régulation efficace ne s'arrête pas aux limites communales. Pour les professionnels du tourisme et de l'hébergement, la lisibilité et la stabilité des règles conditionnent l'investissement. Pour les habitants, enfin, ce sont la qualité de vie et la possibilité même de se loger qui sont en jeu. Aucune de ces attentes ne se lit dans une moyenne nationale : elles se déclinent commune par commune, saison après saison.
Ce qu'il faut mesurer, maintenant
La donnée statistique dit la fréquentation ; elle ne dit pas le seuil d'acceptabilité d'un territoire. Or c'est ce seuil qui doit guider la main de l'élu. À partir de quand les habitants estiment-ils que le tourisme dégrade leur quotidien plutôt qu'il ne l'enrichit ? Quel plafond, quels quartiers, quels quotas recueillent l'adhésion ? Ces réponses se recueillent par une enquête auprès des habitants représentative, croisée avec l'analyse du parc de logements et les attentes des professionnels, au service de la décision publique locale. C'est le travail que l'Institut Quorum conduit pour les collectivités et leurs groupements. Réguler le tourisme sans mesurer l'acceptabilité, c'est risquer de fâcher les habitants sans convaincre les visiteurs. La bonne décision commence par la bonne mesure.