Un échantillon représentatif n'est pas un échantillon « au hasard ». Dans la pratique française, il est presque toujours construit par la méthode des quotas : on impose à l'échantillon d'avoir la même structure que la population sur un petit nombre de caractéristiques connues. Cette méthode, empirique, est à la fois la plus utilisée et la plus mal comprise.
Pourquoi les quotas plutôt que le tirage aléatoire
En théorie, la méthode probabiliste est supérieure : chaque individu de la population a une probabilité connue et non nulle d'être tiré, ce qui fonde mathématiquement les intervalles de confiance. En pratique, elle suppose une base de sondage exhaustive et un taux de réponse élevé. Or les taux de réponse se sont effondrés et les refus ne sont pas aléatoires. La méthode des quotas contourne l'obstacle : plutôt que de garantir le hasard du tirage, elle garantit la structure du résultat.
Comment se construit un plan de quotas
On retient un petit nombre de variables dont la distribution dans la population est connue avec certitude. En France, ces données proviennent du recensement de la population et des estimations de l'INSEE. Les quatre critères usuels sont le sexe, l'âge, la catégorie socioprofessionnelle de la personne de référence, et la région croisée avec la taille de l'unité urbaine. On impose alors à l'échantillon de respecter ces proportions, éventuellement croisées entre elles.
Le redressement : corriger après coup
Malgré les quotas, l'échantillon collecté s'écarte toujours un peu de la cible. Le redressement consiste à pondérer les répondants pour rétablir la structure voulue : un répondant appartenant à une catégorie sous-représentée pèsera davantage. Cette opération est légitime et courante, mais elle a un coût. Plus les poids sont dispersés, plus la précision effective se dégrade — un échantillon de 1 000 personnes fortement redressé peut se comporter comme un échantillon de 700. La loi impose d'ailleurs de mentionner les critères de redressement dans la notice déposée auprès de la Commission des sondages.
Les limites : représentatif sur quoi ?
Un échantillon par quotas est représentatif sur les variables de quotas — et sur elles seules. Rien ne garantit qu'il le soit sur les variables non contrôlées : niveau de diplôme, intérêt pour la politique, usage d'internet, isolement social. Or ce sont souvent ces variables qui déterminent l'opinion. C'est la faiblesse structurelle de la méthode : elle corrige ce que l'on sait mesurer, pas ce qui compte. Le choix des critères de quotas est donc un choix analytique, non une formalité.
Ce que la méthode implique pour la marge d'erreur
Formellement, les intervalles de confiance classiques supposent un tirage aléatoire. Appliqués à un échantillon par quotas, ils constituent une approximation. Le législateur en a tiré les conséquences : l'article 2 de la loi du 19 juillet 1977 impose de publier les marges d'erreur « le cas échéant par référence à la méthode aléatoire ». Autrement dit, on indique la marge qu'aurait un échantillon aléatoire de même taille, en assumant qu'il s'agit d'un ordre de grandeur.
Ce que cela change pour un commanditaire
Trois questions doivent être posées à tout prestataire : quelles variables de quotas ont été retenues, et pourquoi ? Quelle est la dispersion des poids de redressement ? Quel est le taux de non-réponse, question par question ? Ces éléments figurent obligatoirement dans la notice pour les sondages liés au débat électoral. Pour une enquête territoriale ou de satisfaction, rien ne l'impose — raison de plus pour l'exiger contractuellement.
Questions fréquentes
Les quotas garantissent-ils la représentativité ?
Uniquement sur les variables retenues comme quotas. Un échantillon peut respecter parfaitement les quotas de sexe, d'âge, de catégorie socioprofessionnelle et de région, et rester biaisé sur le niveau de diplôme ou l'intérêt pour la politique.
Quelle est la différence entre quotas et redressement ?
Les quotas s'appliquent avant ou pendant la collecte : on cherche activement les profils manquants. Le redressement s'applique après : on pondère les réponses obtenues pour rétablir la structure cible.
D'où viennent les données servant à fixer les quotas ?
Du recensement de la population et des estimations de population de l'INSEE, seule source officielle donnant la structure démographique et sociale de la France et de ses territoires.