Les classements d’attractivité les plus visibles reposent sur la parole des dirigeants d’entreprise. Ils indiquent où les décideurs économiques envisagent d’investir et de s’implanter. C’est une information utile, et ce n’est pas celle dont une collectivité a besoin pour comprendre pourquoi ses habitants arrivent, restent ou s’en vont.

Sources. Insee, estimations de population au 1er janvier 2026 (parution du 13 janvier 2026) ; Insee Analyses Grand Est n° 215 ; Insee Première n° 2073, « Moins de déménagements en dix ans, mais l’Ouest et le périurbain toujours attractifs » (septembre 2025).

Deux attractivités que l’on confond souvent

L’attractivité économique décrit la capacité d’un territoire à capter des projets, des emplois et des investissements. Elle se mesure auprès des dirigeants, des investisseurs et des développeurs. L’attractivité résidentielle décrit la capacité d’un territoire à faire venir des ménages et à les garder. Elle se mesure auprès des habitants, des nouveaux arrivants et de ceux qui envisagent de partir.

Les deux se nourrissent l’une l’autre, mais elles ne répondent pas aux mêmes leviers. Une zone d’activité bien commercialisée ne compense pas un déficit de logements abordables, de places en crèche ou de médecins traitants. Une collectivité qui veut agir sur ses arrivées et ses départs a besoin de la seconde mesure, et elle ne la trouvera pas dans un classement de dirigeants.

Les flux constatent, ils n’expliquent pas

La statistique publique décrit très bien les mouvements. Au 1er janvier 2026, la France compte 69 082 000 habitants. L’Insee décompose chaque année l’évolution des populations régionales entre solde naturel et solde migratoire apparent, ce dernier étant obtenu par différence entre la variation totale de population et l’excédent des naissances sur les décès.

Le Grand Est en offre une illustration nette. La région compte 5,5 millions d’habitants au 1er janvier 2026. Son solde migratoire apparent s’élève à 5 300 personnes en 2025, une contribution positive de 0,1 point à l’évolution de la population, qui ne suffit pas à compenser un déficit naturel désormais installé : 45 000 naissances contre 56 000 décès sur l’année.

Solde migratoire
Contribution du solde migratoire à l’évolution de la population du Grand Est, en point
2022+ 0,192025 (provisoire)+ 0,102023+ 0,042024 (provisoire)+ 0,04
Source : Insee, estimations de population, Insee Analyses Grand Est n° 215.

Une mobilité résidentielle qui se contracte

Le contexte général rend l’enjeu plus aigu. En 2023, 8,8 % de la population a changé de logement dans l’année, contre 10,5 % en 2018 et 10,8 % en 2013. Le marché résidentiel se fige : il y a moins de ménages en mouvement, donc moins de ménages à capter, et la concurrence entre territoires se durcit à volume décroissant.

Dans ce contexte, un solde migratoire positif ne garantit rien pour la suite. Il enregistre des décisions prises hier, dans des conditions de taux, de prix et d’emploi qui ont pu changer. Il ne dit ni ce qui a motivé ces arrivées, ni ce qui les rendrait durables.

Les trois questions auxquelles les flux ne répondent pas

La première porte sur les motifs. Pourquoi ce ménage est-il venu : un emploi, un prix au mètre carré, un cadre de vie, un rapprochement familial, un retour au pays d’origine ? Les proportions relatives de ces motifs commandent des politiques publiques très différentes.

La deuxième porte sur la rétention. Qui envisage de partir dans les trois ans, et pour quelle raison précise ? Un départ annoncé se travaille, un départ constaté est déjà perdu.

La troisième porte sur l’image. Que sait-on du territoire quand on n’y habite pas ? La notoriété spontanée, la notoriété assistée et l’écart entre l’image projetée par la collectivité et l’image réellement perçue par les publics visés déterminent la rentabilité de toute campagne d’attractivité.

Mesurer l’image comme on mesure une marque

Ces questions relèvent de l’enquête auprès d’un échantillon représentatif, pas de l’exploitation de fichiers administratifs. Elles supposent d’interroger séparément les habitants installés, les arrivants récents et les publics extérieurs que le territoire cherche à attirer, car leurs réponses divergent presque toujours.

C’est l’objet d’un baromètre d’attractivité territoriale et, sur le volet image, d’un baromètre d’image et de notoriété conduit auprès des cibles retenues. Répétés à méthode constante, ils permettent de mesurer l’effet réel d’une campagne plutôt que de le supposer.

Le contre-argument : les données existantes ne suffisent-elles pas ?

On peut objecter que les données publiques sont abondantes, gratuites et fiables, et qu’un territoire dispose déjà de ses soldes migratoires, de ses prix immobiliers et de ses créations d’entreprises. L’argument a du poids : commencer par la donnée disponible reste la bonne méthode.

Mais ces sources partagent une limite commune : elles décrivent des comportements passés sans accéder aux raisons. Elles indiquent qu’un territoire perd des actifs de 25 à 39 ans sans dire si le frein est le logement, l’emploi du conjoint ou l’offre de garde. Or l’action publique porte sur les causes, pas sur les constats. L’enquête d’opinion ne remplace pas la donnée, elle en comble l’angle mort.

Ce qu’il faut retenir

Les classements construits sur la parole des dirigeants disent où les entreprises regardent. Ils ne disent pas ce qui retient une famille, un actif ou un jeune retraité. Dans un pays où la mobilité résidentielle recule, comprendre les motivations devient un avantage décisif, et cette compréhension se mesure. Nos travaux sur l’attractivité résidentielle détaillent ce que les flux permettent, et ne permettent pas, d’établir.