Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le solde naturel de la France est devenu négatif. La conséquence, pour un territoire, est immédiate : la croissance de sa population ne dépend plus que des arrivées et des départs. L’attractivité résidentielle cesse d’être un objectif de communication pour devenir la variable déterminante de la démographie locale. Encore faut-il savoir ce que le solde migratoire mesure, et ce qu’il ne mesure pas.

Sources. INSEE, « Bilan démographique 2025 », Insee Première n° 2087 ; INSEE, « Moins de déménagements en dix ans, mais l’Ouest et le périurbain toujours attractifs », Insee Première n° 2073, septembre 2025.

La démographie française a changé de moteur

Au 1er janvier 2026, la population résidant en France est estimée par l’INSEE à 69,1 millions d’habitants, dont 66,8 millions en France métropolitaine et 2,3 millions dans les départements d’outre-mer, en hausse de 0,25 % sur un an. Cette progression ne doit plus rien aux naissances : avec 645 000 naissances, en baisse de 2,1 % sur un an et de 24 % par rapport à 2010, et 651 000 décès, en hausse de 1,5 %, le solde naturel est estimé à - 6 000.

La croissance provient donc entièrement du solde migratoire, estimé à titre provisoire à + 176 000 personnes. Au niveau national, ce solde relève des migrations internationales. Au niveau d’une commune ou d’une intercommunalité, il relève d’abord des mobilités résidentielles internes, c’est-à-dire des déménagements.

Or on déménage nettement moins qu’il y a dix ans

C’est le second fait, et il est peu commenté. Au cours de l’année 2023, 5,9 millions de personnes ont emménagé dans un nouveau logement. Le taux de mobilité résidentielle est passé de 10,8 % en 2013 à 10,5 % en 2018, puis à 8,8 % en 2023.

Le recul touche toutes les distances : mobilité au sein de la même commune, de 3,9 % à 2,9 % ; entre communes d’un même département, de 4,0 % à 3,3 % ; entre départements, de 2,9 % à 2,5 %. Pour un territoire, cela signifie que le réservoir d’arrivées potentielles se réduit, et que retenir les habitants déjà présents devient un levier au moins aussi puissant qu’en attirer de nouveaux.

Mobilités résidentielles
Impact annuel moyen des mobilités sur la population, 2013-2026, en habitants pour 1 000
Corse+ 6,8 ‰Bretagne+ 6,4 ‰Nouvelle-Aquitaine+ 6,1 ‰Occitanie+ 5,1 ‰Pays de la Loire+ 4,5 ‰
Source : INSEE, Insee Première n° 2073, septembre 2025, période 2013-2023.

Ce que le solde migratoire régional établit

Sur la période 2013-2023, les régions dont la population s’accroît le plus du fait des déménagements sont la Corse, avec 6,8 habitants gagnés pour 1 000 résidents par an, la Bretagne, 6,4, la Nouvelle-Aquitaine, 6,1, l’Occitanie, 5,1, et les Pays de la Loire, 4,5. À l’opposé, l’Île-de-France perd en moyenne 8,4 habitants pour 1 000 résidents par an.

La Bretagne est la seule de ce groupe dont le solde est en hausse significative sur la décennie. Les Pays de la Loire conservent un solde positif, mais celui-ci diminue depuis la crise sanitaire. À l’échelle infra-régionale, ce sont les espaces périurbains qui gagnent le plus, avec 6,9 habitants pour 1 000 en 2023.

Un solde positif ne dit jamais pourquoi

Le solde migratoire est un décompte. Il enregistre des mouvements accomplis, avec le délai de production du recensement, et il ne contient aucune information sur les motifs. Deux territoires affichant le même solde peuvent recouvrir des situations opposées : l’un attire des actifs qui s’installent durablement, l’autre attire des retraités tout en perdant ses jeunes ménages, avec un effet nul sur le solde et un effet considérable sur l’avenir.

Le solde ne dit pas davantage ce qui a été déterminant dans la décision : le prix du logement, le temps de trajet, la présence d’un médecin, la qualité perçue des écoles, la proximité familiale. Pour un exécutif local, ce sont pourtant ces variables, et elles seules, qui constituent des leviers.

L’attractivité déclarée par des décideurs extérieurs n’est pas l’attractivité vécue

Une seconde confusion mérite d’être levée. L’attractivité économique d’un territoire, mesurée par les intentions d’implantation de dirigeants d’entreprise extérieurs, et l’attractivité résidentielle, vécue par ceux qui y habitent, sont deux objets distincts. Elles peuvent diverger fortement, et un territoire bien positionné sur la première peut perdre des habitants sur la seconde.

Ce que le premier registre mesure est un jugement de décideurs sur un potentiel. Ce que le second mesure est une expérience quotidienne et une intention de rester ou de partir. Une collectivité qui pilote une marque de territoire a besoin des deux, mais elle ne peut pas substituer l’une à l’autre.

Le contre-argument : les intentions de départ ne se réalisent pas

L’objection est fondée. Déclarer envisager de quitter son territoire n’équivaut pas à déménager, et la baisse générale de la mobilité montre justement que beaucoup d’intentions ne se concrétisent jamais.

C’est exact, et ce n’est pas un défaut de la mesure : une intention de départ n’est pas une prévision, c’est un indicateur de tension. Sa valeur tient à sa décomposition. Savoir que l’intention de partir est deux fois plus fréquente chez les moins de 35 ans que dans l’ensemble de la population, et connaître le motif qu’ils citent, oriente une politique du logement ou des mobilités bien avant que le recensement n’enregistre le mouvement. Le solde migratoire constate ; l’enquête anticipe.

Ce qu’il faut retenir

Avec un solde naturel désormais négatif et une mobilité résidentielle en net recul, la démographie d’un territoire se joue sur sa capacité à retenir autant qu’à attirer. Le solde migratoire mesure le résultat, jamais ses causes. Notre baromètre d’attractivité territoriale mesure l’attractivité vécue par les habitants, notre baromètre d’image et de notoriété en suit la traduction en réputation, et notre enquête mobilités éclaire le premier motif d’arbitrage cité par les ménages.