Un échelon qui concentre les compétences
L’intercommunalité s’est installée au centre de l’action publique locale. Au 1er janvier 2026, la DGCL dénombre 1 252 établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre, pour 34 875 communes. Ces structures exercent des compétences que les habitants utilisent chaque jour : collecte des déchets, eau et assainissement, mobilités, développement économique, urbanisme. Elles disposent de moyens à la mesure de ces responsabilités, et pourtant elles demeurent pour beaucoup de citoyens un objet administratif lointain. Le baromètre d’opinion intercommunal de l’Institut Quorum part de ce décalage.
Des moyens financiers considérables
Les chiffres de l’OFGL donnent la mesure. En 2024, l’épargne brute du bloc communal atteint 26,3 milliards d’euros, soit 16,9 % des recettes de fonctionnement, dont 14,9 milliards pour les communes et 11,4 milliards pour les seules intercommunalités. Les arbitrages sur cette épargne, entre investissement et fiscalité, sont au cœur du mandat qui s’ouvre, comme nous l’avons analysé dans notre note sur les finances des communes en 2024. Ils engagent des décisions que l’habitant paie sans toujours savoir à quel niveau elles se prennent.
L’eau, un transfert devenu facultatif
Le cas de l’eau illustre le besoin de mesure. Selon l’Observatoire des services publics d’eau et d’assainissement, 22 856 services, portés par 12 685 collectivités, exercent cette compétence, et le taux de gestion intercommunale atteint 72,5 % en 2024. Mais la loi du 11 avril 2025 a rendu le transfert facultatif pour les communautés de communes et d’agglomération. Chaque exécutif doit donc arbitrer entre mutualisation et maintien de la compétence. Notre analyse du prix de l’eau et des réseaux détaille l’enjeu : l’arbitrage se joue devant des habitants qui identifient rarement le niveau responsable.
Déchets et sols : deux politiques, une même attribution floue
Deux autres politiques intercommunales structurent le quotidien : la gestion des déchets et la sobriété foncière. Dans le premier cas, nos travaux sur les déchets ménagers montrent combien les situations varient entre territoires ruraux, métropoles et communes touristiques. Dans le second, la répartition de l’effort de zéro artificialisation nette se négocie dans le document d’urbanisme intercommunal. Dans les deux cas, la même question se pose : l’habitant sait-il qui décide, et juge-t-il la décision légitime ?
Ce qu’un baromètre intercommunal permet de savoir
Le baromètre intercommunal répond à trois questions que les données de gestion ne traitent pas. Premièrement, la notoriété : l’habitant sait-il quelles compétences relèvent de l’intercommunalité plutôt que de la commune ? Deuxièmement, l’évaluation : comment juge-t-il la qualité de chaque service, et à quel niveau en attribue-t-il le mérite ou la responsabilité ? Troisièmement, les attentes : quelles priorités souhaite-t-il voir porter à l’échelle du bassin de vie ? Ces mesures reposent sur un échantillon représentatif, avec des résultats lisibles par commune ou par strate, selon notre méthodologie.
Le contre-argument : l’intercommunalité n’a pas à être connue
On objectera que l’efficacité d’un service ne dépend pas de sa notoriété : si l’eau coule et que les déchets sont collectés, peu importe que l’habitant sache qui s’en charge. L’argument tient pour la gestion courante. Il vacille dès qu’il faut décider : modifier une tarification, financer un équipement, transférer une compétence. À ce moment, l’absence d’identification se transforme en incompréhension, puis en défiance envers l’élu communal qui siège dans l’intercommunalité. Mesurer cette identification avant la décision coûte moins cher que d’expliquer après coup.
Ce qu’il faut retenir
L’intercommunalité est l’échelon qui concentre à la fois les compétences, l’épargne et les arbitrages du mandat, mais aussi celui que les habitants identifient le moins bien. Un baromètre intercommunal mesure cet écart, le suit dans le temps et le traduit en décisions : quoi expliquer, à qui, par quel canal. Pour les présidents d’agglomération comme pour les directions générales, c’est un outil de pilotage à part entière, qui donne des repères concrets avant une tarification, un transfert de compétence ou un investissement partagé, et qui permet de comparer les bassins de vie entre eux d’une vague à l’autre. Il s’articule avec l’échelon générique du baromètre territorial d’opinion.