Les zones commerciales de périphérie, ces enseignes et parkings qui bordent l'entrée des villes, ont longtemps été le point aveugle de l'urbanisme. Elles reviennent aujourd'hui au cœur du débat public, portées par la crise du logement et l'objectif de sobriété foncière. Fin septembre 2026, la deuxième édition du Baromètre des entrées de ville commerciales, publiée par Icade avec le Groupe SCET HTC, a mis des chiffres sur cette bascule. L'Institut Quorum y a réalisé le volet d'opinion : une enquête auprès de 1 000 élus de communes de plus de 10 000 habitants, menée en juillet 2026, auprès des équipes tout juste installées après les municipales. Ce que ces élus disent dessine une feuille de route pour le mandat qui commence.

Un enjeu devenu stratégique aux yeux des élus

Le premier enseignement est la quasi-unanimité. Neuf élus sur dix estiment que les entrées de ville commerciales sont stratégiques pour leur territoire, et plus des deux tiers les perçoivent déjà comme dynamiques plutôt que déclinantes. Surtout, huit élus sur dix considèrent que leur requalification urbaine doit être une priorité du mandat. Autrement dit, le sujet n'est plus périphérique au sens propre comme au figuré : il s'installe à l'agenda des exécutifs locaux. Ce basculement rejoint ce que nous observons plus largement sur les attentes de début de mandat, mesurées dans notre baromètre de début de mandat.

Le regard des élus
Ce que les élus pensent des entrées de ville commerciales
Enjeu stratégique9/10Requalifier en priorité8/10Répond au logement83 %
Source : enquête Institut Quorum pour le Baromètre des entrées de ville commerciales (Icade x Groupe SCET HTC), 1 000 élus de communes de plus de 10 000 habitants, juillet 2026.

La mixité, clé de la réinvention

Comment réinventer ces espaces ? La réponse des élus est claire : en y ramenant de la vie, pas seulement du commerce. Plus de huit élus sur dix voient dans la mixité fonctionnelle, le fait de mêler logements, commerces, services et activités, la piste principale de transformation. Et 83 % pensent que convertir ces zones en quartiers mixtes peut répondre, au moins en partie, à la crise du logement. C'est un point de convergence fort : l'entrée de ville n'est plus perçue comme un simple centre d'achats, mais comme une réserve foncière déjà artificialisée, donc mobilisable sans grignoter de nouveaux espaces naturels. Un enjeu directement lié à l'attractivité du territoire et au cadre de vie ressenti par les habitants.

Un calendrier qui s'accélère

Cette conviction ne reste pas théorique. Un élu sur deux anticipe une transformation du commerce de périphérie dans les cinq à dix prochaines années. L'horizon est donc celui du mandat en cours et du suivant : ni une utopie lointaine, ni un chantier déjà bouclé, mais une décennie de bascule. Pour les collectivités, cela change la nature de la décision : il ne s'agit plus de se demander si ces zones évolueront, mais comment les piloter, avec quels partenaires et dans quel ordre. C'est aussi pourquoi un état des lieux de l'opinion, en début de mandat, prend tout son sens avant d'engager des arbitrages lourds.

Les freins : argent, règles et foncier morcelé

L'enthousiasme se heurte toutefois au réel. Interrogés sur les obstacles, 53 % des élus citent les contraintes financières comme premier frein, devant la complexité réglementaire (43 %). À cela s'ajoutent le morcellement du marché foncier, où chaque enseigne possède sa parcelle, et des questions de gouvernance entre acteurs aux intérêts divergents. Transformer une entrée de ville n'est pas un projet qu'une commune mène seule : c'est une négociation longue entre propriétaires, exploitants, aménageurs et puissance publique. Ces freins expliquent pourquoi l'intention, pourtant massive, met du temps à se traduire en chantiers.

Les freins à l'action
Premiers obstacles cités par les élus
Contraintes financières53 %Complexité réglementaire43 %
Source : enquête Institut Quorum pour le Baromètre des entrées de ville commerciales (Icade x Groupe SCET HTC), 1 000 élus de communes de plus de 10 000 habitants, juillet 2026.

Une transformation qui se jouera en coopération public-privé

Le baromètre révèle un autre point décisif : près de sept projets sur dix sont initiés par des acteurs privés. La puissance publique n'est donc pas seule aux commandes, mais elle reste indispensable pour fixer le cap, garantir l'intérêt général et débloquer le foncier. La transformation des entrées de ville sera donc affaire de coopération renforcée entre collectivités, propriétaires fonciers et opérateurs. Pour les élus, cela suppose de nouvelles compétences : savoir dialoguer avec le privé sans lui abandonner la stratégie urbaine, et objectiver les attentes des habitants pour arbitrer en connaissance de cause. C'est précisément le rôle d'une enquête auprès des habitants en amont des projets.

Pourquoi interroger les élus

Mesurer l'opinion des décideurs locaux n'est pas un exercice de commentaire : c'est un outil d'aide à la décision. En interrogeant 1 000 élus de communes de plus de 10 000 habitants selon une méthode rigoureuse, détaillée dans notre méthodologie, l'enquête transforme des impressions de terrain en données comparables. Elle permet de distinguer ce qui fait consensus (l'enjeu, la mixité) de ce qui divise ou freine (les moyens, les règles), et de situer chaque territoire par rapport à l'ensemble. Pour un aménageur comme pour une collectivité, c'est la différence entre avancer à l'intuition et avancer sur des faits. C'est le sens du travail que l'Institut Quorum conduit pour les acteurs publics et privés, aux côtés de partenaires comme Icade et le Groupe SCET HTC.

Le contre-argument : l'intention n'est pas encore l'action

Il faut toutefois rester lucide. Si les projets se comptent désormais par centaines, une large majorité d'entre eux reste en phase d'étude. Entre l'intention affichée et l'inauguration d'un quartier mixte, il y a des années de montage, de financement et de concertation. L'adhésion de principe des élus ne garantit pas que les moyens suivront, ni que les habitants adhéreront à chaque projet concret. C'est d'ailleurs pourquoi l'écoute ne doit pas s'arrêter au diagnostic de départ : elle doit accompagner chaque étape, pour vérifier que la transformation reste acceptée par ceux qui vivront ces nouveaux quartiers. Mesurer l'intention, c'est utile ; mesurer l'adhésion au fil de l'eau, c'est ce qui sécurise une décision dans la durée.

Ce qu'il faut en retenir

Les entrées de ville commerciales entrent dans une décennie décisive. Les élus en ont fait un enjeu stratégique, y voient une réponse à la crise du logement et anticipent leur mutation à horizon cinq à dix ans, mais ils identifient aussi clairement les freins : l'argent, les règles et un foncier éclaté. La bascule se jouera dans la coopération entre public et privé, et dans la capacité à objectiver, territoire par territoire, les attentes des habitants comme des élus. C'est tout l'enjeu d'une connaissance fine de l'opinion locale, au service de l'action, que résument nos références et nos solutions d'études.