Un élu, un dirigeant ou une fédération qui reçoit les résultats d’un sondage est tenté de les citer aussitôt : dans un communiqué, un bulletin, un discours. C’est précisément à ce moment que le droit s’applique. La loi n° 77-808 du 19 juillet 1977 encadre la publication et la diffusion de certains sondages d’opinion. Elle vise les sondages ayant un rapport direct ou indirect avec un référendum ou une élection, et elle sert de référence de bonne pratique bien au-delà. Cette note en rappelle les points utiles à un décideur.

Ce que la publication doit mentionner

L’article 2 de la loi impose que la première publication ou diffusion d’un sondage comporte plusieurs mentions. Y figurent notamment le nom de l’organisme qui l’a réalisé, celui du commanditaire, le nombre de personnes interrogées, les dates de réalisation, le texte intégral des questions posées pour les sondages électoraux, les marges d’erreur des résultats publiés, et l’indication que toute personne peut consulter la notice méthodologique. Le texte précise aussi qu’une mention doit rappeler que tout sondage est affecté de marges d’erreur.

Pourquoi la marge d’erreur n’est pas un détail

La marge d’erreur dit ce que le chiffre permet d’affirmer. Avec 600 personnes interrogées, elle est d’environ ± 4,0 points ; avec 1 000, de ± 3,1 points ; avec 1 500, de ± 2,5 points. Un écart de deux points entre deux résultats ne signifie donc rien avec 600 personnes. La publier, c’est protéger le lecteur contre une interprétation que le chiffre ne soutient pas. Notre fiche sur la marge d’erreur détaille le calcul.

Ce que la marge d’erreur autorise
Marge d’erreur théorique selon le nombre de personnes interrogées (± points, niveau de confiance 95 %)
600 personnes± 4,0 points1 000 personnes± 3,1 points1 500 personnes± 2,5 points
Source : calcul Institut Quorum, formule usuelle du sondage aléatoire simple pour un pourcentage de 50 %.

Le rôle de la Commission des sondages

L’article 5 confie à la Commission des sondages deux missions : étudier et proposer des règles visant à assurer l’objectivité et la qualité des sondages, et vérifier que les sondages respectent la loi et ses règlements, avec « tout pouvoir » pour cela. La Commission est le régulateur de la matière. Elle peut demander des précisions sur la méthode d’un sondage. Pour un commanditaire, savoir que la méthode peut être contrôlée est une raison supplémentaire d’exiger un dossier complet. Notre fiche présente la Commission des sondages.

L’interdiction la veille et le jour du scrutin

L’article 11 prévoit qu’aucun sondage électoral ne peut faire l’objet d’une publication, par quelque moyen que ce soit, la veille et le jour du scrutin. L’interdiction prend fin à la fermeture du dernier bureau de vote. Les sondages publiés avant cette période peuvent continuer à être diffusés, à condition d’indiquer la date de première publication, le média et l’organisme. Pour une collectivité, cela veut dire qu’un résultat relayé sur un site ou un réseau social à l’approche d’un scrutin doit être examiné avec soin.

Quand l’enquête n’est pas électorale

Une enquête de satisfaction ou une consultation sur un service public n’entre pas, en principe, dans le champ de la loi. Il serait pourtant imprudent de s’en affranchir. Appliquer les mêmes mentions (qui a réalisé, pour qui, combien de répondants, quelles dates, quelle marge d’erreur) est la meilleure défense contre le soupçon d’orientation. C’est aussi ce qui distingue une étude d’un simple recueil d’avis. La page méthodologie décrit les standards que s’impose l’Institut.

Le contre-argument : ces mentions alourdissent la communication

On reproche à ces obligations d’affaiblir un message court. C’est vrai en apparence : un chiffre accompagné de son effectif et de sa marge est moins percutant qu’un chiffre nu. Mais un chiffre nu ne résiste pas à la première question d’un journaliste ou d’un opposant, tandis qu’un chiffre documenté se défend. Le gain de crédibilité dépasse largement le coût de quelques lignes.

Une liste de contrôle avant de publier

Avant toute diffusion, vérifier cinq points : l’organisme et le commanditaire sont nommés, l’effectif et les dates sont indiqués, la marge d’erreur accompagne chaque résultat cité, le texte exact de la question est disponible, et la notice méthodologique peut être consultée. En période électorale, ajouter un sixième point : la date de diffusion par rapport au scrutin. Un rapport structuré, comme celui décrit dans notre fiche sur le rapport d’opinion, rend ces vérifications immédiates.