Le 11 juin 2026, l’Assurance Maladie a publié les résultats de son Observatoire de l’accès aux soins, arrêtés au 31 décembre 2025. Mis en place en décembre 2024, il suit huit indicateurs, au niveau national et local, pour apprécier les effets des engagements de la convention médicale. Ces données sont utiles aux élus et aux décideurs de santé. Elles répondent pourtant à une seule des deux questions que pose l’accès aux soins : que s’est-il passé dans le système, et non ce que vivent les habitants.
Ce que mesure l’observatoire
Les huit indicateurs portent sur l’offre et son organisation : médecins généralistes libéraux en activité (environ 52 500 fin 2025), primo-installations, installations en zones d’intervention prioritaires, patients en affection de longue durée sans médecin traitant, patientèle moyenne du médecin traitant, file active des médecins libéraux, adhésion à l’option de pratique tarifaire maîtrisée et contrats d’assistants médicaux. S’y ajoute la couverture du Service d’accès aux soins. Les sources sont les bases de l’Assurance Maladie, le Système national des données de santé, le ministère de la Santé et l’Insee, avec une diffusion par région et par département en données ouvertes.
Des résultats 2025 nettement orientés à la hausse
Le nombre de primo-installations de généralistes atteint 2 810 en 2025, contre 2 130 en 2024, soit environ 32 % de plus, et plus du double du niveau de 2012. Les installations en zones d’intervention prioritaires s’élèvent à 891, près de 300 de plus qu’un an plus tôt. La part des patients en affection de longue durée sans médecin traitant recule à 4,3 %, contre 5,6 % fin 2022. Le Service d’accès aux soins couvre 98,5 % de la population, contre 96,5 % un an auparavant.
Des signaux plus nuancés
Tout n’évolue pas dans le même sens. La file active moyenne des médecins libéraux baisse légèrement, de 0,5 % à 1 992 patients, avec un recul de 2 % chez les généralistes. L’adhésion à l’option de pratique tarifaire maîtrisée passe de 52,7 % à 44,5 %, soit 1 832 médecins de moins. Un observatoire a cette qualité : il montre des mouvements de sens contraire que le débat public aime résumer d’un mot.
Ce qu’un fichier de remboursement ne peut pas voir
La limite est de nature, non de qualité. Un observatoire construit sur des remboursements et des déclarations d’installation compte des actes, des praticiens, des patientèles. Un soin auquel on renonce ne produit aucun acte : il est invisible dans la base. Une personne peut avoir un médecin traitant déclaré et attendre trois mois un rendez-vous, ou renoncer à une consultation parce que le cabinet est trop loin. Aucun des huit indicateurs ne l’enregistre. Les travaux de la DREES sur le renoncement reposent d’ailleurs sur ce que les personnes déclarent, ce qui rappelle que cette mesure passe par l’enquête.
La formulation de la question change la mesure
Mesurer le renoncement demande de choisir une période de référence, de distinguer le renoncement pour raison financière, pour délai ou pour distance, et de séparer le renoncement subi du report choisi. Deux enquêtes qui ne posent pas la question de la même façon ne donnent pas le même taux, sans qu’aucune ne soit fausse. C’est pourquoi un taux national ne se transpose pas à un territoire. Notre analyse Accès aux soins : pourquoi un taux national ne suffit pas le développe.
Le contre-argument : la demande est déjà dans les chiffres
On peut objecter qu’un taux de patients sans médecin traitant, ou une file active, suffit à approcher le besoin non couvert. C’est une approximation utile pour comparer des territoires, pas une mesure. Un médecin traitant déclaré ne garantit ni disponibilité ni proximité, et une patientèle moyenne cache de fortes inégalités entre cabinets. À l’inverse, une enquête d’opinion n’établit pas à elle seule l’état de l’offre. Les deux lectures se complètent, aucune ne remplace l’autre.
Une décision à préparer : croiser l’offre et le vécu
Pour un élu qui prépare un contrat local de santé ou un projet de maison de santé, la séquence est simple. On part des indicateurs de l’observatoire pour situer le territoire, on identifie les écarts avec la moyenne, puis on mesure auprès des habitants le renoncement, les délais ressentis et les difficultés de parcours. C’est l’objet de l’observatoire local de l’accès aux soins, du diagnostic local de santé et du baromètre de l’accès aux soins. Retrouvez l’ensemble de nos dispositifs sur la page Observatoires.